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 L'ENVERS DES FEUILLES

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Leo REYRE
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Date d'inscription : 20/01/2010
Age : 77
Localisation : VALREAS

MessageSujet: L'ENVERS DES FEUILLES   Mar 26 Jan - 13:32

L'ENVERS DES FEUILLES
Des poésies riantes, souriantes, douces, douces-amères, amères et autres



Vacances
Adieu dictées,
Adieu morale,
Adieu cahiers,
Craies, tableau noir,
Expression écrite, orale,
Adieu devoirs !
Adieu rumeurs et bavardages,
Adieu courses dans les couloirs !
Le portail s’ouvre. Adieu la cage !
Good bye ! Bonsoir !
Adieu calcul
Adieu grammaire,
Adieu lady conjugaison !
Mes amitiés aux dictionnaires !
Adieu leçons !
Adieu le Rhône,
Adieu la Seine,
Le bonjour à vos affluents !
Adieu Mont-Blanc,
Bassins et plaines !
Adieu mon banc !
Adieu Hugo
Adieu Verlaine
Adieu poèmes !
Adieu la guerre de Cent ans !
Adieu fractions,
Adieu problèmes,
Adieu les folles conversions !
Adieu sciences, théorèmes,
Adieu madame l’instruction !
Vive l’été et les vacances !
Vive loisirs, fêtes et joies !
Vive la vie, vive l’enfance !…
Comment ? Vous êtes toujours là ?


Saint-Jean d’été
Les genêts d’or, le lin, les aphyllantes
Et les coquelicots plus rouges que le sang,
Le soir venu, quittent les pentes
Et flottent dans le ciel lumineux de Saint-Jean.
La nuit venue, toutes les fleurs,
Au-dessus de nos têtes, chantent.

Dans le déclin du jour, on suit la bande folle
Des martinets stridents qui sillonnent le ciel.
Puis une étoile naît, immobile luciole
Qui signale à ses sœurs le départ du soleil.
Puis une étoile naît et des parfums de fleurs,
Au-dessus de nos têtes, volent.

A la rumeur, enfin, succède le silence.
Pas un frémissement un ange doit passer.
On attend dans la nuit…peut-être une naissance…
Et c’est un bel enfant que nous donne l’été.
On attend dans la nuit et, tout là-haut, les fleurs,
Au-dessus de nos têtes, dansent.

Soudain, c’est l’explosion des cœurs, la joie, la liesse.
L’enfant-roi de Saint-Jean, sur son trône apparaît.
Un enfant, un agneau ; innocence et tendresse,
Roi d’un soir couronné de ses cheveux bouclés.
Un enfant, un agneau. Alors toutes les fleurs,
Au-dessus de ce roi, se pressent.

Afin de prolonger cette soirée trop brève,
On parcourt la cité éclairée de flambeaux
Et le fragile enfant bénit ses gens sans trêve.
Ebloui, souriant, il répond aux bravos.
Et le fragile enfant s’envole avec les fleurs
Qui dansent tout là-haut au rythme de nos cœurs.


La chèvre
Dans ton lait écumant dansent les panicauts,
Les lentisques, les aphyllantes,
Les pousses maraudées aux jeunes arbrisseaux,
Les parfums chapardés aux plantes.
Dans ton lait écumant se cachent mille fleurs
Dans les rocailles bleues, minuscules étoiles
Dérobées au soleil. Elles gonflent le cœur
D’une allégresse sans égale.
Dans ton lait écumant, flottent l’or d’un rayon
De ce soleil ardent qui fait trembler les drailles,
Une perle de miel et puis une chanson
De clarines et de sonnailles.
Dans ton lait écumant, soudain un tourbillon,
Un feu d’enfer, un tempête…
Le lait a disparu. Il reste un picodon
Et sa saveur est une fête.
De ton lait écumant, il a tout conservé :
Le panicaut, le miel, les aphyllantes,
Un rayon de soleil, une chanson d’été,
L’orage de l’enfer et la candeur des plantes.


Le corso de la lavande
Lorsque descend le crépuscule,
Entre le bleu et le violet,
Le ciel qu’une brise stimule
Prend la vraie couleur de l’été.
L’air fraîchit, les parfums retombent ;
C’est plus enivrant que l’encens.
Couleurs et parfums se confondent :
C’est la lavande que l’on sent.
Elle danse, elle tourbillonne
En farandoles et sambas.
Elle danse, elle tourbillonne,
Joie et folie tout à la fois.
La lavande nous met en fête.
Crépitez, vivats et bravos !
La lavande monte à la tête.
C’est la frénésie du corso.
Chantez et criez à tue-tête,
Laissez-vous aller à la joie !
La lavande mène la fête.
Crépitez bravos et vivats.


Les amis
J’ai des amis depuis longtemps,
Toujours les mêmes,
Dans les bons, les mauvais moments.
L’amitié se moque du temps.
Pourquoi faut-il que je les aime ?
Et pourquoi depuis si longtemps ?
Nous avons parcouru ensemble
Le long sentier du temps,
Guettant les jours qui nous rassemblent
Et les autres les redoutant
Nul n’a vu se creuser les rides
Ni progresser les cheveux blancs
Ni s’envoler les ans.
Les ans passent,-hélas- si rapide.
Aucun de nous n’a eu le temps
De voir passer le temps.
Je n’ai en tête que les rires
Et les plaisirs de l’amitié
Quand les soucis nous font sourire,
Quand on donne sans rien compter.
Je n’ai pas les mots pour le dire.
Y a-t-il des mots pour l’amitié ?
Tout est dit dans un seul sourire.
Pourquoi des mots pour en parler ?
J’ai des amis depuis longtemps,
Toujours les mêmes.
Ils ne sont pas extravagants,
Ce ne sont pas des phénomènes.
Ce sont des gens parmi les gens
Et je les aime.


Rugby
Une balle roule dans l’herbe
Puis rebondit.
De la boue éclabousse en gerbes :
C’est le rugby.
Les joueurs, des géants superbes
Poussent et crient.
Des crampons déracinent l’herbe :
C’est le rugby.
Un éclair jaillit de la masse
Et c’est parti.
Un crochet, un bond, une passe :
C’est le rugby.
Les défenseurs soudain l’enserrent,
Le plaquent et puis
Tout repart dans le sens contraire :
C’est le rugby.
Un arrière trouve la touche,
La foule crie.
De la vapeur des airs farouches :
C’est le rugby.
Puis la balle circule à l’aile,
On applaudit.
On repique au centre …Chandelle !
C’est le rugby.
Un joueur plonge après la ligne,
C’est du génie.
Ça gesticule, ça trépigne :
C’est le rugby.
Le silence fond sur la place.
Un homme, un cri.
Le ballon tourne dans l’espace :
C’est le rugby.
On attaque pour mieux défendre,
On interdit
A l’adversaire de reprendre
Les points acquis.
Le spectacle échauffe les êtres
Et les esprits…
C’est fini. C’était une fête :
C’est le rugby.


Le crabe démon
Il avait mis dans son jardin,
Comme un défi face au destin,
Des graines.
Pour montre qu’il avait le temps…
Pour montrer qu’il était vivant…
Des graines.
Un geste pour l’éternité,
Une autre façon de lutter…
Des graines.
Un corps à corps avec le mal,
C’est un combat trop inégal…
Des graines !
Il est parti en germinal,
C’était fatal.
Il est parti en germinal
Vaincu par le crabe infernal
Qui traîne
Ceux qu’il tient vers le dernier bal ,
Le point final…
Qui traîne.
Crabe assassin ! Crabe poison !
Crabe Satan! Crabe démon !
Qui traîne !
Il avait mis dans son jardin
Pour montrer que tout allait bien,
Des graines…
Pas eu le temps de voir les fleurs,
Pas même le temps d’avoir peur…
Il est parti l’âme sereine.


Germinal
Si tu as un instant,
Colle une oreille à terre.
Toc, toc,toc !...N’entends-tu pas un cœur ?
Si tu as un instant,
Alors clos tes paupières :
Tu entendras pousser les fleurs.
Quand tu les rouvriras, tous les champs seront verts,
L’air aura ses parfums, les buissons leurs mystères :
Un dieu aura changé la Terre
En fleur.
Si tu as un instant,
Regarde dans l’espace
Les nuages rosés qui fuient vers l’orient.
Regarde cet oiseau.
Regarde et puis passe
Car toute chose est à sa place
Lorsque s’annonce le printemps.
Si tu as un instant,
Suis le vol de l’abeille,
Suis sa course effrénée vers les premières fleurs.
Si tu as un instant,
Songe à ceux que tu aimes.
Si tu as un instant,
Songe à tous ceux qui t’aiment.
Il se peut que ce soient les mêmes.
Si tu as un instant,
Offre-leur quelques fleurs.


La Terre aux enfants
Il y a des noirs,
Il y a des jaunes,
Il y a des rouges,
Il y a des blancs
Mais de loin la Terre est bleue,
Limpide au milieu du ciel.
Il y a des dieux, des paradis
Et des enfers différents,
Des Bibles et des Corans,
Des fous et des innocents
Mais pourtant,
La Terre tourne toute seule. Au loin,
Le soleil règle les soirs et les matins.
La Terre est aux enfants,
Aux noirs,
Aux jaunes,
Aux rouges,
Aux blancs.
Notre terre si bleue
Est la boule d’un jeu,
D’un jeu d’enfants.
La Terre est aux enfants,
Laissez-la aux enfants.
La guerre est la folie des grands.
Prenons la Terre en main
Maintenant car demain
Nous serons grands.
Guerre à la faim, guerre à la mort,
Guerre à la guerre et à ses fous !
Pour un monde différent,
Laissez la Terre aux enfants.
Il y a des noirs,
Il y a des jaunes,
Il y des rouges,
Il y a des blancs
Mais de loin la Terre est bleue
Limpide au milieu du ciel.
La Terre tourne toute seule, sans vous.
Au loin, le soleil ouvre pour nous
Le grand chemin.


Les santons
En ce temps-là, dans la Provence,
Dans un cortège matinal,
Les gens allaient au four banal
Cuire leur pain pétri d’avance.
Le fournilier chauffait le four,
Leur recommandait la prudence,
Et chacun selon son avance
Mettait alors ses miches au four.
Or,ce jour-là le fournilier
Etait parti à ses olives.
Quand les matinées se font vives,
Sonne le temps des olivées.
Au fournil, on s’impatientait.
« il est peut-être dans son four ?
Allons voir : on ne risque guère. »
Et, de concert, tous s’enfournèrent
Tant ceux du coin que d’alentour.
C’est ainsi la curiosité.
Le poissonnier, la dentellière,
Le bourrelier, la charcutière,
Le maréchal, la volaillère,
Le chandelier, la lavandière,
Le moulinier, la cordelière…
Bref, presque tous les gens du village,
Presque tous, même les plus sages.
Survint alors un coup de vent.
Le courant d’air claqua la porte
Et tous ces gens, en quelque sorte,
Furent cuits comme le pain blanc.
Lorsque sonna midi le fournilier revint
Son âne était chargé de corbeillons d’olives.
Transi par la froideur qui était excessive,
Dans la tiédeur du four qui sentait bon le pain,
Il vint d’un pas pesant réchauffer ses doigts gourds
Surpris de n’y point voir les gens de chaque jour.
Et là, mystère, étonnement :
Il entend des chuchotements
Qui semblent sortir de la pierre,
Puis un cantique, une prière.
Tout est sombre dans le fournil.
Il trouve à tâtons la bougie,
Ouvre le four, saisit la pelle
Et l’enfourne vers les appels.
Il la retire. Effarement.
Ils sont tous là encore fumants,
Comme une pâte à peine sèche,
Argile cuite encore rêche,
Figurines aux regards peints,
Le panier encore à la main,
Dans l’attitude familière,
Figés dans leurs habits de pierre.
Il les dépose dans un coin…
Et c’est ainsi qu’est née la crèche.
Car c’est après, tard, qu’est venue
L’idée d’y mettre aussi Jésus,
Marie, Joseph, le bœuf et l’âne
Et les bergers de la montagne.
Notre bon fournilier, sur la fin de sa vie,
Se mit lui-même au four. Il en sortit ravi.
Voilà pourquoi, même aujourd’hui,
Les santons ont gardé leur âme.
Souvent, à la lueur des flammes,
On dirait qu’ils reprennent vie.


Famille
Quand la famille a essaimé
Et dispersé aux quatre vents
Ses enfants,
On revoit rarement ensemble
Tous ceux qui, pourtant, se ressemblent
Et qui furent un jour ancien
Comme les cinq doigts de la main.
Quand la famille a essaimé
Et dispersé aux quatre vents
Ses enfants,
Ce sont les deuils, le plus souvent,
Qui, pour un jour d’enterrement,
Unissent à nouveau les doigts
De la main tout comme autrefois.
A trop attendre, on s’aperçoit
Que la main n’a plus tous ses doigts.


Microcosme
La brise caressante et douce
Trousse
L’aile poudrée d’un papillon.
L’abeille effarée se trémousse
Rousse
Sur le seuil rosé d’un bouton.
Un carabe fouit la mousse
Douce
Dans la pénombre des surgeons.
Le sol frémit. Une frimousse
Pousse :
Musaraigne vient au balcon.
L’épeire au bord de l’eau qui glousse
Housse
En douceur les moucherons.
La guêpe qu’un reflet courrouce
Mouche
Et fourbit son aiguillon
Plus qu’un jardin, voici la brousse
Avec ses dieux et ses démons.


ACCRO-ALIMENTAIRE
C'est une manie familière,
Vous me direz si j'exagère,
Ça ne touche pas que les gros :
C'est la manie d'ouvre-frigo,
D'ouvre-placard, d'ouvre-réserve,
Ça va du frais jusqu'aux conserves.
Dès le réveil, on a la dent
Pour rien, sans même être gourmand.
C'est un petit bout de fromage
Qu'on maraude ainsi au passage,
Un sucre, un biscuit, un nougat,
Un gros carré de chocolat.
"Tiens donc, un petit pain d'épice,
Un tout petit mais quel délice,
C'est si petit que j'en prends deux.
Je me sentais un petit creux."
Ça prend toutes les dix minutes.
On en guérit mais les rechutes,
Aux appels insistants du corps,
Anéantissent les efforts.
Un petit morceau de gruyère
Nous tente dans le frigidaire,
Une tranche de saucisson
Etouffe nos résolutions.
On prend des allures coupables
En lorgnant ce qui est mangeable,
Parjurant d'avance un vœu pieux,
On dévore déjà des yeux.
C'est tout un vol qu'on prémédite,
Pour un croûton, pour une frite.
Et, circonstances aggravantes,
Ce n'est pas la faim qui nous tente :
Non, c'est par vice, par désir,
C'est peut-être aussi par plaisir.
A la pesée, on se sent moche
Quand la bascule nous reproche
D'avoir pris un kilo ou deux,
Lorsqu'elle nous fait les gros yeux.
"C'est faux, tu triches, ô menteuse!
Tu es injuste. Pis : trompeuse.
J'ai fait le régime aux yaourts,
Celui qui fait fondre en huit jours.
J'ai fait le régime à la pomme
Qui gobe les graisses et les gomme.
J'ai fait de l'hypocalorique,
Tout ce qu'on fait en Amérique.
J'ai supprimé les féculents
Et les petits plats dans les grands?
Je fais tous les jours mon jogging
Des magasins jusqu'au parking.
Je fais attention, je surveille
Mes menus : le gras je le raye.
Bascule, je ne comprends pas.
Si tu m'en veux, dis -moi pourquoi."
Troublé et déçu, on marmonne
Lorsque le téléphone sonne.
"Allô! ... Mais oui... Pas de problème...
C'est parfait... En fin de semaine...
C'est bien : j'ai un trou samedi...
C'est bizarre mais c'est ainsi...
Un lièvre? ... et déjà des bécasses?
Ton mec est le roi de la chasse...
Je t'embrasse. A samedi !...
On prendra la pâtisserie."
Au fait, avant ça que faisais-je?
Où étais-je? A quoi pensais-je?
A quoi vaquais-je? Quel souci
Accaparait donc mon esprit?
Oublié. Sans doute futile :
Le sérieux n'est pas volatile.
Je vais croquer du chocolat :
Pour la mémoire, c'est extra.


CHERS DISPARUS
Profitons des parents, des sœurs, des frères, des amis.
Goûtons toutes les joies nées de leur compagnie.
Goûtons à ces plaisirs simples et ordinaires,
Car le temps passe vite et les rend éphémères.
Soyons gloutons, insatiables et gourmands
De tous ces petits riens qui font notre présent.
Perdons un peu de temps à vivre avec les autres.
En partageant leurs jours, on multiplie les nôtres.
Vivons pour ces instants car rien n'est éternel :
Les étoiles aussi s'éteignent dans le ciel.
Et, lorsque disparaît une étoile ordinaire,
On découvre soudain qu'elle nous était chère.
On scrute alors la nuit avec le fol espoir
Qu'on va la retrouver. On ne voit qu'un trou noir.
Peu à peu, dans la vie, chacun perd ses étoiles
Et le linceul du temps, fait de regrets, s'étale.
Les étoiles perdues assombrissent nos nuits
Et c'est leur souvenir qui hante notre vie.
Puis, un jour, le soleil s'éteint comme un fanal,
Devient noir à son tour... et c'est le point final.
Profitons donc de ceux que le destin nous offre.
L'or n'a pas de valeur s'il vieillit dans un coffre.
Il faut voir ses reflets au jour, sous le soleil.
Parents, enfants, amis à cet or sont pareils.
Ils sont notre trésor et c'est par leur présence
Que notre vie devient vraiment une existence.
Les peines et les joies, les rires et les pleurs
Qu'on partage avec eux cisèlent notre cœur.
Le pire châtiment serait la solitude.
Vivre alors ne serait qu'une morne habitude
Si nous étions privés de tous ces êtres chers...
Hélas! Ces derniers mots font penser à la pierre
Ou au marbre glacé des caveaux et des tombes.
Les fleurs de la Toussaint, preuves de l'hécatombe,
Tentent de renouer l'impossible entretien
Entre celui qui vit et quelques-uns des siens.
Dans un endroit secret, à jamais hors d'atteinte,
Les étoiles perdues ne sont jamais éteintes.
En cet endroit secret peuplé de souvenirs
On garde encor en vie ceux qu'on a vu partir.
Mais les efforts sont vains à corriger l'absence.
C'est donc de leur vivant et c'est de leur présence
Qu'il faut se réjouir, se nourrir, se gorger.
Attendre est imprudent et demain... c'est jamais.

LE PETIT SAINT-JEAN
Il est frêle, le roi qui règne sur la ville.
Faut-il qu’un roi soit fort pour être respecté ?
Le nôtre est un enfant souriant et fragile
Qui bénit en passant les gens de la cité.
Submergé par le bruit, la foule, les lumières,
Il n’a, le bel enfant, que gestes de bonté ;
Il sourit à chacun, notre roi éphémère,
En ce premier soir de l’été.
Un enfant, un agneau, un cœur, toute une ville,
Et des gens par milliers au même rendez-vous.
Les blasés ont suivi jusqu’à l’Hôtel-de-Ville
Les crédules pressés qu’ils prenaient pour des fous.
La nuit est descendue et des millions d’étoiles
Se bousculent au ciel jusqu’à le consteller.
Les bannières, là-haut, flottent comme des voiles.
La foule est agitée par la houle des blés.
Soudain, inattendue, sur la place trop sombre,
La lumière jaillit dans la nuit étonnée.
Spectacle éblouissant ! Ceux qui étaient des ombres
Rutilent de couleurs, jaillissent en bouquets.
Et puis, voici l’enfant, souverain en sa ville,
Si petit sur son trône et si grand dans nos cœurs.
Il bénit ses sujets qui, à ses pieds, défilent
Et sourit aux vivats qui montent comme un chœur.
Qu’on ne se cache pas pour sécher une larme
Qui perle au coin des yeux lorsque passe l’enfant !
Ce trop-plein de nos cœurs, d’ailleurs, est-ce une larme ?
N’est-ce pas le plus beau miracle de Saint-Jean ?

VALREAS
Voici donc Valréas qui fut terre papale
Avec sa vieille église et sa tour médiévale.
La paisible cité de la truffe et du vin
Répond par sa lavande au ciel bleu du matin
Et lègue son parfum à l’accent provençal
Attisé comme un feu quand souffle le mistral…
Sachez que l’amitié a aussi cet accent.

LES VINS DE VALREAS
L’homme élève le vin, mais il n’est pas son père.
Le vin, béni des dieux, est l’enfant du soleil.
Il a puisé sa vie dans le sein de la terre,
Nourri dans la chaleur du ventre maternel.
L’homme élève le vin, mais il n’est pas son père.
Le vin, béni des dieux, est un enfant du ciel.
Il court sur les coteaux et dévale les pentes ;
En plaine, libéré, il s’étale au soleil.
Il joue comme un enfant et, de sa vie ardente,
Garde un chaud souvenir dans ses reflets vermeils.
Il est gai, généreux. Tendez l’oreille : il chante.
Le vin de ce terroir est l’enfant du soleil.
Dans les caves, les chais, le vin est à l’école.
L’homme veille sur lui, le chérit , le cajole,
L’élève comme un père : avec force et douceur
Il calme ses élans, maîtrise son ardeur.
« Dans le fond, se dit-il, j’ai bien le plus beau rôle :.
Au ciel, il doit la vie. A moi, il doit le cœur. »

LE VIN DE L'ENCLAVE
Nul n’est là pour juger le vin :
C’est le vin qui juge les siens .

Jésus ne s’y est pas trompé :
Il a changé l’eau en vin et pas le contraire.

Ah ! Ce vin ! Ce vin franc , sans arrière-pensée et sans fard !
Est-ce l’esprit de clocher ? Le chauvinisme de l’Enclave ?
Moi, je le trouve sans égal .
Pourtant il en est d’autres, je le sais, qui le valent ou qui lui sont supérieurs.
Le reconnaître publiquement ? Jamais. Il faudrait être impartial et je suis incapable de l’être quand j’aime.
Quand je déguste un vin de chez nous, en plus du vin qui n’est que matière, je vois mon pays et je parcours le terroir qui m’a vu naître, le terroir que ma jeunesse a sillonné et qui m’est cher. C’est vrai, un verre à la main, je m’y promène. Tantôt du côté des collines, tantôt du côté des plaines, de vigne en vigne, je fais le tour de la campagne où je retrouve des souvenirs et où je croise des amis.
Au retour d’une telle randonnée, il est évident que ma soif et mon bonheur ne sont pas étanchés … alors, si nous remettions ça !

Statistiquement, il y a plus de désespérés qui se noient dans l’eau que dans le vin et plus de poltrons qui se noient dans un verre d’eau que dans un verre de vin de l’Enclave.

CHAUD VIN DU TERROIR
Ça y est ! Les bondes ont sauté,
Les vannes se sont épanchées.
Il envahit places et rues
Le vin en crue.
Il monte en bouteille et, bientôt,
Franchit le goulet du goulot.
Il faut être un verre averti
Pour le capter quand il jaillit.
Chacun le mire à la chandelle
Pour admirer sa robe belle
Et ses reflets et ses froufrous
Que l’on devine par dessous.
Puis on passe son nez dessus
Pour s’enivrer de ses vertus.
Puis, de la langue et du palais,
On fleurette son corps de fée.
Enfin, merveille des merveilles,
Son chant parvient à nos oreilles.
C’est un hymne qu’avec entrain
On entonne un verre à la main.
« Prouvençau, veici la coupo… »
La voix du vin couvre le groupe.
Par Bacchus et par Saint-Vincent !
Il a gardé son bel accent,
Cet accent qui met aux paroles
Des ailes pour qu’elles s’envolent
Et confient à notre mistral
L’âme du pays provençal.

CHER GEORGES
Depuis le temps qu’elle te guettait,
Quelle te faisait des croche-pieds
La mort a fini par t’avoir,
Par te montrer tout son pouvoir.
Tes pointes à peine mouchetées,
Ton ironie, tes pieds de nez,
Tes allures de bon vivant,
Tes bras d’honneur dans tous tes chants,
Quoi de plus pour fâcher la mort,
La mort et qu’elle perde le nord.
Vingt ans qu’elle t’a enlevé
Vingt ans qu’elle te tient prisonnier…
Pas de demande de rançon,
Pas de dépôt de conditions…
Vingt ans qu’elle essaie de tirer
En vain quelques vers de ton nez.
Si tu étais moins cabochard,
Tu l’éclairerais sur ton art,
Tu lui demanderais pardon,
Tu cèderais sous l’édredon.
Vu qu’elle est plus têtue que toi,
C’est pas demain ni dans un mois
Qu’elle te dira : « Fais demi-tour.
C’était un aller et retour. »
Vingt ans de retard à l’horloge,
C’est pas folichon , mon cher Georges.
Faudrait revenir au métier,
Rendre le branle au balancier…
A moins que tu sois sans remords,
Que tu sois bien avec les morts,
Que tu réserves tes chansons
Les plus belles à François Villon,
Que tu aies rendu par tes mots
Enfin un sexe aux angelots.
Il faut remonter à Jésus
Pour en voir un qui est revenu.
Il y a peu de chance, c’est certain,
Que tu sois le prochain.
Pourtant, s’il te plaisait de revenir
Ou si la mort te laissait fuir,
Tu ferais un sacré tabac
Dans ton come back.
C’est dire des choses pour rien,
Diront les choses, les machins,
Les non-pensants et les sceptiques,
Les untels , les catégoriques.
Peut-être bien qu’ils ont raison
Mais qu’ils sachent en péroraison
Que mes chrysanthèmes à Toussaint
Ont fleuri pour Georges Brassens.
Vingt ans déjà qu’il est parti
Chanter en d’autres compagnies,
Vingt ans qu’il vit, comme c’est bizarre,
Comme un vivant dans nos mémoires.

A FLEUR DE COEUR
Quels que soient temps et saisons,
Les fleurs aux tons multicolores
Que le soleil irise et dore
Sont le sourire des maisons.
Bien avant que le portail s’ouvre,
Elles offrent aux visiteurs
Un échantillon de bonheur :
C’est un peu leur cœur qui s’entrouvre.
Sans les fleurs, les pierres sont grises,
Les murs froids, les maisons austères,
Tout est réduit, sec, lapidaire
Comme un esprit que rien ne grise.
Mais quelques fleurs sur la terrasse,
Une bordure dans l’allée,
Un massif fleuri, une haie
Où les parfums trouvent leur place,
C’est chaud comme l’est l’amitié,
Celle qui germe et prend racine
Et croît en touffes qui dessinent
Autour de soi des cœurs mariés.
Les fleurs ont toutes leurs langages
Nourris par de beaux sentiments
Et leur palette court souvent
De l’amour fou à l’amour sage.
Et l’humble marguerite même
Que tant d’amours ont effeuillée,
Dans le jardin ensoleillé,
Nous dit encore : « Je vous aime ».
Une maison toujours fleurie,
C’est un miroir où se reflète
Le bonheur dont sa vie est faite :
Les fleurs chantent son harmonie.

LA MERE
Elle a, pour la combler d’émoi,
En elle un second cœur qui bat.
En elle, une autre vie butine
Des fleurs d’amour les étamines.
Avant que naisse son enfant,
Elle lui parle, elle le berce,
Elle l’endort de ses caresses
Et du murmure de ses chants.
Il est à elle sans partage,
L’enfant lié à son ancrage.
Pour elle, est-ce la délivrance,
L’instant crucial de la naissance ?
Le jour où se sépare d’elle
Son fruit, son ange, sa merveille,
C’est aussi un peu de son cœur
Qui se détache et elle a peur.
Lorsque son enfant vient au monde,
A l’instant - même, à la seconde,
Elle perd l’exclusivité
De l’être qu’elle a abrité.
Alors commence un long parcours
Qu’elle, pourtant, trouvera court .
Elle dira : « Il a dix jours »,
« Il aura un an dans dix jours »,
« Demain, il commence l’école »,
« Déjà dix ans ! Je deviens folle »,
« Il fait un stage de six mois »,
« Vingt ans, mon Dieu ! Vingt ans déjà ! »,
« Il a déjà quelques fils blancs »,
« Trente ans, mon Dieu ! déjà trente ans ! »,
« Ça y est : je vais être grand-mère ! »,
« Il me semble que c’était hier… »
Premier duvet, plumes nouvelles,
Trop tôt l’oiseau déploie ses ailes,
Trop tôt l’enfant prend son essor,
Trop tôt l’enfant quitte le port.
Lorsqu’il revient au bord du nid,
C’est un moment qu’elle bénit.
C’est l’eau qui revient à la source,
Le temps qui interrompt sa course.
Elle est alors joie et bonheur
En retrouvant son second cœur.


MON PASSE INDEFINI
Le Briard adore ses blés,
Le Savoyard ses pâturages,
L’Ardéchois ses vieux châtaigniers,
Le Breton son granit sauvage.
L’amour que l’on porte au pays
Où le hasard nous a fait naître,
Nous le fait voir d’un œil ravi
Dès qu’il jaillit sous nos fenêtres.
C’est un lien presque parental
Qui nous lie au pays natal.
Quand la vie, ailleurs, nous transplante
C’est pour un temps, quelques années ;
Mais, toujours, celui qui s’absente
Revient où ses pas ont passé.
Les rues pentues, la vieille école,
Lointains visages, souvenirs,
Le passé reprend la parole
Alors qu’on l’avait vu s’enfuir.
Les pas qu’on laisse sur le sable
Disparaissent en peu de temps.
Il est si fin et si friable
Qu’il suffit de très peu de vent.
Mais les pas qui, partout, sillonnent
Les chemins de nos souvenirs,
Défient tempêtes et cyclones
Qui viendraient à les assaillir.
Ils sont là traversant la place,
Ils courent jusqu’à la Grand-Rue,
Ils piétinent et d’autres traces
Vers un portail fermé confluent.
Est-ce l’école ou le collège ?
Sans doute les deux à la fois.
L’avantage du sortilège,
C’est de se revoir plusieurs fois.
Est-ce l’enfant de maternelle
Qui pleurniche sur son goûter ?
Ou l’élève qui se rebelle
Contre une injuste autorité ?
Ou bien ce collégien timide
Qui s’inquiète de son acné ?
Ou cet ado un peu stupide
Qui va d’amours en amitiés ?
Ces pas sont tous en plusieurs fois
Ceux d’un fantôme qui fut moi.
Quand on est fidèle à ses rues,
Il faut s’attendre à la visite
De ce personnage insolite
Qu’on a laissé à chaque mue.
A tout moment l’on disparaît
Et reparaît, jamais le même.
C’est un étrange phénomène :
Le présent passe sans arrêt.
Bénies soient les photographies :
Elles sont la preuve certaine
Des fantômes que l’on égrène
Au fil du temps et de la vie.
Ils sont d’abord petits, petits,
Puis ils grandissent, se rapprochent.
Images de nous inouïes
Tantôt si loin, tantôt si proches.

PROTHESES
Les jambes, il faut en avoir deux,
Deux qui marchent du même pas.
J’en avais une pas très sympa
Qui rechignait à chaque pas.
Je n’ai fait ni une ni deux
Car le lot valait bien l’enjeu.
On m’implanta une prothèse
Depuis je marche et cours à l’aise.
Les yeux, il faut en avoir deux,
Deux qui nous servent de compas
J’en avais un qui n’allait pas.
Mon œil, ne m’abandonne pas !
Je n’ai fait ni une ni deux
Car le lot valait bien l’enjeu
On m’implanta une prothèse
Depuis j’épie, je scrute à l’aise.
Les oreilles, il en faut deux,
Deux qui vibrent au son d’un pas.
J’en avais une qui n’allait pas,
Qui confondait hymne et nouba.
Je n’ai fait ni une ni deux
Car le lot valait bien l’enjeu.
On m’adapta une prothèse
Depuis j’entends la Marseillaise.
Le cœur, Ah ! Si j’en avais deux !
J’en ai un seul qui bat, qui bat
Et que je trouve assez sympa.
Si je vivais du cœur d’un mort
J’aurais le cœur plein de remords.

LES BRAISES ET LES CENDRES.
Furent-ils gris ou noirs,
Roses ou bleus
Nos jours qui couvent sous la cendre ?
Nous faisions en ces temps anciens
des rêves ensemble.
Furent-ils roses ou gris,
Noirs ou bien bleus,
Nos jours de mai ou de décembre ?
Plus les souvenirs sont anciens,
Plus ils sont tendres.
Furent-ils bleus ou gris,
Roses ou noirs,
Ces jours que le temps désassemble ?
Les braises des tisons anciens
Croulent en cendres.
Ils furent gris,
Ils furent Noirs,
Ils furent bleus,
Ils furent roses,
Comme sont les jours à deux cœurs.
L’orage a eu raison des fleurs.
Je n’oublierai jamais les roses.

EXTASE
Je suis de ceux qui s’extasient
Quand novembre jaunit les hêtres
Et empourpre monts et maquis.
Tiens, un moineau sur ma fenêtre.
Je suis de ceux qui s’extasient
Quand le givre gaine les branches,
Lorsqu’à l’an neuf boule le gui
Dans la campagne toute blanche.
Je suis de ceux qui s’extasient
Quand un papillon, une abeille
Tournoie sur les buissons en cris
Quand la nature se réveille.
Je suis de ceux qui s’extasient
Quand la mésange charbonnière
A l’appel pressant des petits
Fourrage l’écorce d’un lierre.
Je suis de ceux qui s’extasient
Quand, au soleil, fifres, cymbales
Bercent la sieste des taillis
Dans un orchestre de cigales.
Je suis de ceux qui s’extasient
Quand la pluie d’étoiles filantes
Me tient au jardin dans la nuit
Encore chaude et grillonnante.
Je suis de ceux qui s’extasient.

PREMIERE SEVE
Le gris du ciel n’est plus morose
Et le soleil fait des clins d’œil.
La forêt quitte enfin le deuil.
Le printemps est là. Ça s’arrose !
Il restitue l’esprit aux choses.
Les haies vives gonflent d’ébats.
Le jardin se métamorphose,
Se trémousse de haut en bas.
Le gris du ciel n’est plus morose
Et, les sourires revenus,
Les fenêtres se sont décloses
Sur des amours inattendus.

CHANSON D'AUTOMNE
Il arrive à tout petits pas
Mais qu’on ne s’y trompe pas :
Il est sur nous, il est bien là,
L’automne.
Encore quelques très beaux jours,
Un clin d’œil, un petit détour…
C’est le temps qu’il faut pour
Les pommes.
Un petit jour dans le brouillard,
Un matin au soleil blafard
Qu’un bel après-midi flambard
Pardonne.
C’en sera fait dans peu de temps
Du bel été qu’on aimait tant.
J’entends déjà les premiers chants
D’automne.
Il s’insinue dans le jardin,
Aigail sur l’herbe le matin,
Sur les roses et les lupins,
L’automne.
Le poète dit : « Voici le temps
Où se meurt ce que le printemps
Apporta en ouvrant ses ailes. »
Tristes propos, mots désolants !
L’automne est un second printemps,
Même s’il n’y a plus d’hirondelles.

RENTREE
Rire au dehors, larme au dedans,
Un enfant s’en va à l’école,
Le cartable sur les épaules,
La main dans la main de maman.
Rire au dehors, larme au-dedans,
Son petit cœur inquiet s’affole.
Ah non ! Ce n’est pas très drôle
La rentrée quand on a six ans !
Rire au dehors, larme au-dedans,
Chaque pas qu’il fait le désole :
Si j’avais au moins la rougeole
Ou simplement un mal de dents.
Rire au dehors, larme au-dedans,
L’enfant se sent une envie folle
De suivre au ciel l’oiseau qui vole,
Et de s’enfuir à travers champs.
Rire au dehors, larme au-dedans,
Le masque rit, le cœur flageole.
Comédien pour son premier rôle,
Il entre en scène cœur battant
Rire au dehors, larme au-dedans,
Un enfant arrive à l’école,
Le cartable sur les épaules
Avec, au fond, un mouchoir blanc.

DANS TES YEUX CLAIRS
J’ai vu, dans tes yeux clairs, sourire les aurores
Et, radieux, s’entrouvrir l’éventail du soleil.
J’ai vu, dans tes yeux clairs plus d’azur que le ciel,
Les nuages s’enfuir et les roses éclore.
J’ai vu, dans tes yeux clairs, l’amour providentiel
Eclater au printemps en fleurs multicolores.
J’ai vu, dans tes yeux clairs, les flammes que j’adore,
Plus chaudes que le feu, plus douces que le miel.
J’ai vu, dans tes yeux clairs, la rosée de tes larmes
Rouler sur ton bonheur en perles de cristal.
J’ai vu, dans tes yeux clairs, des reflets de métal
Qui ont strié mon cœur de poignantes alarmes.
J’ai vu, dans tes yeux clairs revenir au galop
Le sourire exilé à l’instant d’un sanglot,
Et j’ai vu reparaître, au fond de tes yeux clairs,
L’oiseau bleu du bonheur qui avait fui l’éclair.
J’ai vu plus que cela en plongeant dans tes yeux :
J’ai vu la vie, la joie. Je crois que j’ai vu Dieu.

AVRIL
Avril en manteau d’Arlequin
Change d’humeur soir et matin.
Il neige, il pleut, il grêle, il vente
Mais au jardin un oiseau chante.
Avril en manteau d’Arlequin
Préfère au jour son lendemain.
Un enfant rit, un autre pleure…
Le gai printemps se rie des heures.
Avril en manteau d’Arlequin,
Folâtre et fantasque pantin,
Transforme tout à la minute.
Pluie ou soleil ? C’est la dispute.
Un coup de vent, un coup de poing…
On sait qu’il fera beau… demain.
Le jour grandit, la vie est belle !
Avril dans la tarentelle.
Un oiseau chante ce matin.
Son chant est clair, pur, cristallin.
Une pervenche, dès l’aurore,
Ouvre un œil bleu timide encore,
Puis elle suit dans le matin
Avril en manteau d’Arlequin.

LA VIOLETTE
J’ai retrouvé dans le grenier
Dans une mallette oubliée
Sous la poussière,
Un paquet de lettres lié
D’un long ruban rose et violet
Par ma grand-mère.
J’ai dénoué le vieux ruban
Et j’ai lu, le cœur palpitant,
Deux ou trois lettres.
Un soldat parlait du retour,
C’était rempli de mots d’amour
Et de peut-être.
Il allait bientôt revenir
Et, sur son cœur, enfin tenir
Sa tendre aimée.
C’était en juillet-août 18
Après, plus rien. La mort, la nuit
A tout jamais.
Dans un pli du papier jauni,
Ayant survécu à l’oubli,
Il y avait une violette
Et, sur les mots un peu pâlis
Où il parlait, comme ébloui,
Des armes,
Le papier avait conservé
La trace amère et désolée
Des larmes.
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