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 LES NIDS D'AGASSE

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Leo REYRE
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Messages : 61
Date d'inscription : 20/01/2010
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Localisation : VALREAS

MessageSujet: LES NIDS D'AGASSE   Mar 26 Jan - 13:33

LES NIDS D'AGASSES


Généalogique Lulu
Il était l'été, un'fois
La foire de Sainte-Bouffe
Les doux fous d'août
Gare aux coquilles
Patrimoine
La pilule du lendemain
Primeur
Aimez
Trois lettres
Le temps des uns et le temps des autres
Têtes de ponte
Trous de mémoire
Le téléphone
Les vieux
Le Salon de l'Enclave
Les supporters
Les bouche-trous
Le rat débile et le rat d'Auchan
La musique des champs
Saint-Valentin
Quand on est guignard
Les éoliennes dans le vent
Copains clopants
Le musqué de Hambourg
A une lettre près
Les feux follets
Rêves party


GENEALOGIQUE LULU
"Y a quelqu'un?"
Quand on arrive chez quelqu'un qui a laissé sa porte ouverte et sa cocotte sur la gazinière, c'est forcément que ce quelqu'un est chez lui.
Effectivement, une voix qui semble venir des hauteurs de l'arbre à l'ombre duquel j'attends l'inéluctable réponse à ma question stupide me dit:
"Je suis là. C'est qui?
-C'est moi", réponds-je avec un stupéfiant à-propos.
Le feuillage s'écarte et un tronc apparaît. Ce tronc est surmonté d'une tête, elle-même surmontée d'un houppier de rouleaux de mise en plis maison. Je reconnais Lulu.
"Que fais-tu donc si haut perchée?
-Je fais mon arbre généalogique. Je me suis un peu perdue dans les branches. Rien n'est plus complexe que l'enchevêtrement des branches connexes.
-A quoi ça t'avance?
-C'est pour trouver mes racines."
Ben voilà! Comme c'est logique! Elle veut savoir de qui elle descend, alors, elle cherche ses racines. Mais elle les cherche là-haut, dans les branches. Qui donc lui a enseigné la botanique? C'est du Lulu authentique.
Remarquez, elle n'est pas la seule à checher à éclaircir le mystère lointain de nos origines.
Nous savons tout juste où nous sommes; nous ne savons pas où nous allons; alors nous cherchons à savoir d'où nous venons. La vérité, c'est que nous sommes perdus. Il faut à tout prix remonter de branche en branche jusqu'en haut pour avoir une vue panoramique sur notre lignée. Cette maladie a un nom: genéalogie.
Elle se caractérise par un besoin effréné de savoir qui était avant qui et par cette question obnubilante:Est-ce qu'à la fin il y a encore quelqu'un?
Cette quête ne va pas sans risques ni surprises. C'est fou ce qu'un feuillage peut cacher. On y trouve de tout: des buveurs de vin et des buveurs d'eau bénite, des hors-le-loi et des repus d'injustice, des notables et des traîne-savates, des enfants de plusieurs lits, des héros de guerre et des zéros pointés.
Moi, ce qui me préoccupe, c'est de savoir si j'ai des ancêtres gaulois ou des ancêtres romains. Si je faisais ma généalogie, c'est dans cet unique but. Peu m'importerait de trouver dans mon ascension vers mes racines quelque preux chevalier, quelque compagnon de Charlemagne. Non, moi, je voudrais savoir si j'avais des ancêtres en IX ou en US. Mais je ne me lancerai jamais dans cette recherche de peur de tomber sur un OS.

IL ETAIT L'ETE, UN' FOIS.
Les charmantes têtes blondes étaient encore fort nombreuses, ce mercredi au marché.
Avant de rejoindre leur Flandre, leur Brabant, leur Hainaut, leur Frise, leur Gueldre, leur Hesse, leur Bavière ou leur Bade-Wurtemberg, ces charmants touristes, comblés de soleil, gorgés de nos bons vins, crepus de bonne chère, trouvaient encore le moyen de se gaver de melons, de raisins, de pêches comme les abeilles qui devinent l'orage. Ils s'apprêtaient à rejoindre l'Enfer du nord par le Purgatoire des routes après unn séjour ou une simple étape dans notre Paradis.
Ils allaient partir, les yeux pleins de notre soleil, les poumons gonflés de notre air parfumé de lavande, le corps imbibé de nos aromates et l'esprit culturellement vivifié par la débauche de festivals et de salons d'art qui est le propre de nos étés. La boulimie touristique et gastronomique les avaient conduits au portes de l'apoplexie. Ils étaient ivres de pistou, d'ail, de romarin, de thym, malades de gigots aux fines herbes, de lapins en poivrade, de galantines truffées...
Une dernière fois, avant de retrouver leurs prairies à vaches, leurs champs de betteraves et leur grisaille, ils se remplissaient les yeux de lumière et de couleurs.
C'est en parcourant le cours Saint-Antoine, ce mercredi, que j'ai compris combien notre Midi était cher aux peuplades nordiques. J'ai cherché en vain un accent connu. Ça baragouinait dans toutes les langues exceptée la nôtre. De guerre lasse, je me suis fait une petite place sur la terrasse du Central et j'ai commandé un bon demi de bière, de Munich, s'il vous plait.J'aurais bien pris un hamburger avec eine saucisse de Francfort, mais on de m'a servi que quelques olives noires de Nyons pour accompagner.

LA FOIRE DE SAINTE-BOUFFE
Les étalages croulent en flots gastronomiques, hypercaloriques, pantagruéliques. Ils nous inondent de leurs arômes tentateurs. Satan est de la fête. Il est dans cette débauche de nourriture où il étale toutes les facettes de son art diabolique.
A la foire de Sainte-Bouffe, les dindons gloussants et dédaigneux côtoient les marrons luisants et les truffes grenues sans se douter qu'ils seront les dindons de l'histoire et que marrons et truffes seront de la farce. Pendant ce temps, les boudins blancs, ces amours, se lovent sensuellement autour des terrines maquillées de gelée dorée.
A la foire de Sainte-Bouffe, c'est la joie: les gigots de l'Enclave gigotent en se piquant de gousses d'ail; les cardons se tiennent les côtes et les céleris, en séries, rient. Seuls, les choux, paumés, font la tête. Les courges, même les courges, sont gratinées. Elles étalent leurs formes lisses, luisantes et tendues auprès des petites mandarines décontenancées de se voir, elles, couvertes de cellulite.
A la foire de Sainte-Bouffe, du côté des fruits secs, rien ne va plus: Les dattes ne se retiennent plus. Voyons, noyons, 1515? 1789?
Changement de régime! crie, de loin, une banane qui sait de quoi elle parle.
Et elles en posent des questions ces satanées dattes! A la longue, elles finissent par casser les noix et les noisettes. Au bout de quelques minutes les pruneaux volent et les figues enfarinées succombent sous l'avalanche de pralines. Les foies gras, pourtant dénervés, rosissent de colère lorsqu'on traîte leurs mères d'oies blanches.
A la foire de Sainte-Bouffe, c'est délirant. Les nougats s'enrobent de chocolat et les chocolats s'empapillottent dans des tenues de carnaval. Les papalines sont très appétissantes dans leurs tenues de bal.
A la foire de Sainte-Bouffe, les huîtres restent bouche bée devant ces clients affamés et salivants qui s'emparent d'elles par douzaines. Les daurades et les saumons les regardent avec des yeux de merlans frits. Rien de tel pour que les oursins hirsutes se hérissent.
A la foire de Sainte-Bouffe, le commerce mène le bal sur un rythme de tiroirs-caisses. C'est la valse des étiquettes, c'est la samba des bas de laine... et c'est le blues des portefeuilles.



LES DOUX FOUS D'AOÛT
Les gens, la plupart en vacances
Sont plus actifs qu'onne le pense
Car c'est mauvais pour la santé
De rester toute la journée
Sur la plage à se rissoler.
S'ils sont en maison secondaire,
Il y a toujours des gouttières
Ou bien l'étable à transformer
En rustique salle à manger.
Une fois finie la toiture,
Les volets demandent peinture,
Les carreaux sont à jointoyer,
Les lavabos à déboucher.
Quand tout est fini ô surprise!
On s'perçoit qu'il faut des prises,
Ça et là quelques robinets,
Une échelle pour le grenier,
Des étagères au cellier.
Ainsi, lorsque d'autres se dorent,
Des vacanciers bossent encore
Et, découvrant qu'ils ont des mains,
Ils manipulent des engins,
Outils, bidules et machins.
Les professionnels en vacances
Assistent à leurs extravagances,
Les voient charger des matériaux,
Dans les malles de leurs autos,
Tout ruisselants dans leurs polos.
Pensant à ce qu'économisent
Ces estivants à mines grises
Qui braconnent dans leurs boulots,
Les plombiers, lesmaçons, les pros
Pourraient pleurer dans l'apéro.
Mais non, ils se fendent la pêche
Comme les ravis de la crèche,
Quand ils voient ces faux estivants
Charger leurs sacs de vrai ciment.
Plus ils chargent plus ça rigole,
Parfois même, ils montent la viole,
Hasardant de précieux conseils
Sur le choix du bon matériel.
Marteaux, truelles, tout s'entasse,
Le hasard n'a aucune place.
Tout est prévu, étudié,
Précis au millimètre près.
"Tu prends un pro sûr et honnête,
Ça coûte les yeux de la tête.
J'ai oublié d'être fada:
J'ai un bouquin et mes deux bras."
En faut-il plus pour faire rire
Un pro qui entend un tel dire?
Dans le glaçon de l'apéro,
Il lit l'avenir net et beau:
A l'automne, quand les jours baissent,
Le boulot remplira sa caisse.
Y aura du boulot sur toiture.
Y aura du boulot en peinture,
En carrelage, en plomberie,
En éclairage, en menuiserie,
Tapisserie, maçonnerie.
On note les noms, les adresses,
En août, il n'y a rien qui presse.
Place aux laborieux amateurs!
Gloire à eux et à leurs erreurs!
C'est ainsi en terre de France:
Dès que vient le temps des vacances,
Tout un monde intellectuel,
Devient tout à coup manuel.
Ça fait travailler le commerce,
L'attrait que le travail exerce
En août sur beaucoup d'estivants
Aux doigts couverts de pansements,
D'hématomes, de "cacho-sang".


GARE AUX COQUILLES
Les coquilles étant à la syntaxe ce que le gravier est à la chaussure, c'est-à-dire quelque chose qui lui interdit de marcher normalement, je me suis livré à une recherche approfondie, sur une musique de Georges Brassens et sur un quotidien régional populaire.
C'est en abordant la rubrique
Sacro-sainte des élections
Que je fus pris de peur panique,
J'en tremble encore d'émotion.
On y traitait de politique
Sous un grand titre: Erections.
Comme quoi la chose publique
Est une histoire de pulsions.
Gare aux coqui-i-i-illes!

Je fis un tour vers la peinture:
Van Gogh n'y était pas gâté.
Ça ne sentait pas la nature:
Vingt gogues y étaient exposées.
Vers le sport, vla que je cavale
Et là je lus, déjà blasé,
Ovule pour ballon ovale.
C'est drop pour le XV français.
Gare aux coqui-i-i-illes!

Restait encore l'horoscope
Où l'avenir est dévoilé
Et l'oeil rivé, tel un cyclope,
Je me mis à le disséquer.
J'y découvris mon Sagittaire
Qui trépignait comme un bélier.
Devinez la clef du mystère:
Plus loin le Verge balançait.
Gare aux coqui-i-i-illes!

J'en vins enfin à la rubrique
Où l'on vend les chiens et les chats.
A braque mon regard lut brique
Et au lieu de colley, cola.
Continuant ma gymnastique,
Je parcourus tout le journal.
Ce fut de temps en temps conique
Et parfois même orignal.
Gare aux coqui-i-i-illes!


PATRIMOINE
Nous attachons tous une valeur sentimentale aux choses. C'est une pierre, un outil, un livre, un objet inanimé dans lequel nous avons décelé une âme qui nous force à l'aimer.
C'est un arbre, une bâteisse, un coin de rue, un paysage dont la présence immuable et rassurante a fait naître en nous un véritable amour.
Récemment, à la télé, un instit était en larmes devant sa classe vandalisée. Ses trésors avaient disparu. Quels trésors? Aucun joyau, aucun lingot, aucune pépite mais de petits objets ordinaires et désuets auxquels il s'était attaché au cous de sa carrière, des objets qui l'accompagnaient depuis longtemps et qui étaient ses amis.
Il y avait, sur les hauteurs de la Cordier, ferme du quartier de la Côte, peu avant les Blagiers, un chêne séculaire qui, de loin, paraissait gigantesque car il se découpait , seul, sur l'immensité du ciel. De près, il était accueillant et d'un accès facile. Il avait la particularité d'avoir un tronc court et mafflu, renflé à sa base comme un gros oignon. C'était un point de repère pour les promeneurs, pour les grives et pour les chasseurs. Un jour, on l'a arraché car il devait faire trop d'ombre aux cailloux. J'en ai eu un serrement au coeur et il m'arrive souvent de penser à lui comme à un ami disparu.
J'avais, de chez moi, une vue magnifique sur la Côte. La colline ne m'appartient pas mais je me sentais un peu propriétaire de ce panorama. Un terrain a été vendu, une maison y a été construite. Cette maison m'a volé mon paysage et se l'est approprié. Je lui en veux terriblement. Maintenant, je suis propriétaire de la vue sur la façade nord de cette villa. Ce n'est pas la même chose. Mon patrimoine visuel en a pris un coup sur la tête. Oui, mon patrimoine.
Le patrimoine, c'est ce bien commun hérité de nos ancêtres mais c'est aussi ce que nous avons forgé nous-même avec passion durant des années.
Les tours de notre ville, son église, ses chapelles, son château, c'est notre patrimoine valréassien. Mais pour cet instit qui pleurait, c'était peut-être une gravure, quelques timbres, une pierre du Vésuve, un fossile de la Lance.
Pour moi, ce chêne de la Cordier et ce paysage familier qui s'offrait à ma vue, c'était une partie de cet héritage accumulé dans le coffre aux souvenirs. Je m'en sentais le légataire universel. C'était aussi mon patrimoine et j'ai ressenti leur disparition comme une véritable spoliation.


LA PILULE DU LENDEMAIN
Il était un foie gras au Chambertin-Gaillard, des huîtres au Muscadet, au Sancerre, au Chablis, une dinde dodue au Morgon, au Romanée-Conti, des cardons à la truffe et au Pouilly-Fumé, un lièvre en civet au Chateauneuf-du-Pape, des grives sur canapé au Pié-Saint-Loup finement bouqueté, une langouste à la crême et au Château-Chalons, une fricassée de volaille aux morilles et au Chambolle-Musigny, des fromages divers au Corton-Charlemagne, la bûche aux marrons et des desserts en montagne: les tartes, les nougats, les chocolats, les crêmes , les choux, les petits fours, les fruits confits, les papillotes, les papalines... Accompagnant le tout, l'incomparable Dom Pérignon. Il était un foie gras un soir de réveillon.
Il était un foie las, il était un foie gros, il était des vapeurs, des frissons et des entre-sueurs à la sauge en tisane. Il était des migraines et des ballonnements aux cachets effervescents; Il était des gueules de bois, des maux divers, des yeux en papillotes au bouillon de poireaux et au jus de carottes. Il était des thermomêtres en folie, des médecins de service, des pharmacies fermées... et des fièvres sur canapé. Il était de dolentes heures et de patraques matins...Il était un foie las le lendemain.


PRIMEUR
C'est la semaine de Bacchus, la grande semaine vinique, celle des vins primeurs.
Partout, en milieu viticole, en domaine d'oenologie, on va lever le coude, faire claquer la langue sur le palais et mirer au travers d'un verre ballon le nouveau-né.
Serar-t-il gai, équilibré, harmonieux, fruité? Nous ne le saurons qu'après dégustation. Il y aura toujours des commentaires car un vin, quel qu'il soit, attire toujours des commentaires. Lorsque ceux-ci ne sont pas concordants, ce n'est pas l'invective qui tranche le débat. Non, les dégustateurs testent à nouveau, puis il retestent et reretestent ci c'est nécessaire. En fin de compte, il est bien rare qu'ils ne tombent pas d'accord. Alors, pour fêter leur unanimité, ils trinquent.
C'est ainsi. Déguster est avant tout un plaisir. Il est très difficile d'étalonner le plaisir.
Inutile de prendre des airs sévères et graves lorsqu'o, a pris une petite gorgée de vin dans le but avoué de l'analyser. Laissons faire nos sens. Nos yeux l'ont vu, notre nez l'a humé. Quel sera le verdict des papilles? Laissons-le s'étaler sur la langue, aspirons un peu d'air...un petit gargouillis pour l'oxygéner: le jugement est alors possible mais pas indispensable. On peut en faire une chose intime et secrète que l'on garde pour soi afin de le mieux faire découvrir à ses amis. On se réserve alors le plaisir du découvreur comme ce chercheur de champignons qui tait jalousement "ses coins" mais qui est d'une générosité exemplaire lorsqu'il accueille à sa table ses nombreuxamis pour leur faire déguster ses trouvailles.
"Va, mange avec joie ton pain et bois de bon coeur ton vin". L'Ecclésiaste n'était pas particulièrement au fait des moeurs contemporaines lorsqu'il prononça ses paroles puisque c'était mille ans avant notre ère. C'est dire si le vin a une place d'exception dans l'humanité. Quand je dis "humanité", il convient de la réduire à l'humanité vinique pour qu'elle conserve une conotation crédible. J'ignore volontairement tous les buveurs de bière, de cidre, de coca, d'alcool divers, de lait et même d'eau qui sont privés pour des raisons climatiques, religieuses, politiques, snobinardes ou,hélas, médicales de ce liquide dit vin.
Et puis, il y a ceux qui dénigrent systématiquement le vin et qui l'accusent d'être à l'origine de tous les maux de la Terre. A leur intention, un double constat: les ravages de l'alcoolisme se constatent en particulier dans des régions où l'on ne cultive pas la vigne et, statistiquement, on compte plus de désespérés qui se noient dans l'eau que dans le vin. Et même, ceux qui noient leur chagrin dans l'alcool choisissent généralement des alcools durs.
Quant à ceux qui se noient dans un verre d'eau...


AIMEZ.
Très chers fleuristes, mes amis, encore un jour qui vous sourit. Saint-Valentin! Quel beau jour pour les roses rouges! quel beau jour pour aimer!
Comment? Vous dites que ce n'est plus de votre âge?
En amour, qu'importe le compte des ans!
Aimer se conjugue à tous les temps.
Ne dites pas que l'amour n'est pas pour vous, que vous l'ignorez comme il vous ignore.
Vous avez aimé, vous aimez, vous aimerez encore.
Si vous n'aimez quelqu'un, vous aimez votre chien, votre chat, votre serin.
Vous aimez votre image dans le miroir du matin, votre ombre sur le chemin, vos idées, votre opinion. bref, vous vous aimez.
Vous aimez une fleur, sa couleur, son parfum.
Vous aimez un coucher de soleil, un ciel étoilé. Bref, vous aimez.
Si ce n'est tout celà, vous avez dans le coeur une personne qui vous est chère, une personne qui squatte vos pensées, quelqu'un qui s'est introduit en vous et qui occupe votre espace de janvier à décembre.
Pourquoi lui? Pourquoi elle? Pourquoi vous?
Pourquoi en chercher la raison puisque le coeur a ses raisons que la raison ignore?
Vous êtes amoureux. Un point c'est tout.
Sur les choses de l'amour, les poètes ont tout écrit. Pourtant, c'est un poète sans poèmes qui a le mieux illustré la Saint-Valentin . Il se nommait Peynet. Il dessinait des amoureux.
J'aurais voulu connaître
Cet homme au regard bleu
Qui, d'un crayon poète,
Rendait heureux.
J'aurais voulu connaître
Cet homme malicieux
Qui disait:"Je vous aime"
Aux amoureux.
J'aurais voulu connaître
Ce poète amoureux
Qui peignait des colombes
Deux par deux.
J'aurais voulu connaître
CE peintre merveilleux
Qui dessinait des rêves
Aux amoureux.


TROIS LETTRES
J'en connais autant que vous,
Même plus peut-être,
Des gens qu'on
Gratifie
D'un petit vocable de trois lettres
Qui comble d'un très grand bien-être
Dès qu'on
Le dit.
Ils vivent seuls, parfois en couples
Ces gens qu'on
Classifie
En grands ou petits.
Ils se regroupent aussi
En confrérie.
Le vie serait triste et abstraite,
Pas très jolie,
Si ces gens qu'on
Gratifie
D'un petit vocablr de trois lettres
N'y étaient aussi.
Ils comblent les trous et les vides,
Les temps d'ennui,
Les moments morts et insipides,
Ces gens qu'on
Gratifie
d'un petit vocable de trois lettres
Et qui ne sont pas gens de tête
Mais gens d'esprit.
Qu'il y en ait treize à la douzaine,
bon poids, bon prix,
De ces gens qu'on
Apprécie.
L'absence d'un seul nous fait peine,
Si un maillon manque à la chaîne,
Ça contrarie.
Ils ne frappent point à ma porte,
Ils ne cognent point à mon huis:
Ils entrent et sont en quelque sorte
Chez eux aussi.
Je ne leur dirai pas en face,
Par discrétion,
Qu'ils figurent en bonne place
Dans mes chansons.
Ils n'aiment pas trop les grimaces,
Ils ont raison,
Ces gens que j'aime avoir en face
Dans ma maison.
J'en connais autant que vous,
Même plus peut-être
Des gens qu'on
Gratifie
D'un petit vocable de trois lettres
Qui comble d'un très grand bien-être
Dès qu'on
Le dit.
Essayez donc un peu vous-même
De dire (ça se fait sans peine)
Le mot AMI.


LE TEMPS DES UNS ET LE TEMPS DES AUTRES
Qu'allons-nous faire du temps qui nous reste?
Certains, pour vouloir trop prendre leur temps, s'apercevront trop tard que la vie n'a qu'un temps, qu'il faut prendre du bon temps tant qu'il est temps. A la recherche du temps perdu, ils passeront un temps fou. S'ils le débusquent, ils essaieront de le rattraper. Peine perdue. On ne rattrape pas le temps.
D'autres, ne voyant pas le temps passer, chercheront à gagner du temps. Ils chercheront même à tuer le temps. Ils n'obtiendront qu'un temps mort. Ils n'auront rien gagné du tout.
A mon avis, il faut être de son temps sans chercher à l'arrêter ni même à le ralentir. De toute manière, il est libre comme l'air...du temps.
Dans l'ancien temps, c'était, dit-on, le bon temps. C'est bien la preuve qu'il existait un autre temps que celui d'aujourd'hui, un temps ancien et bon? Ce n'était pas dans la nuit des temps puisque bien des gens de notre temps s'en souviennent.
Je me demande si c'est bien le temps qui passe. N'est-ce pas plutôt nous qui traversons le temps à vitesse variable? Vaste question. En attendant, les gens courent pour gagner du temps. Ils n'ont pas de temps à perdre. C'est un signe des temps.


TÊTES DE PONTE
C'était, autant qu'il m'en souvienne, à quelques heures de la rentrée scolaire. Dans la classe encore endormie dans la touffeur de l'été, le silence paraissait complet. Pourtant, tendant l'oreille, je perçus des soupirs, des gémissements, des lamentations. Cela provenait du rideau, non loin de ma tête. J'arrêtai de croustiller mon biscuit, ce qui me permit de mieux entendre...et j'entendis:
"Poupou, mon tendre époux, je ne peux plus attendre. J'ai les premières contractions. Si je sautais sur celle-là? (je compris à posteriori qu'il s'agissait de ma tête).
-Patiente encore un peu, ma poupoune, lui répondit une voix mâle. Ils vont bientôt arriver."
Vous l'avez compris,Poupou était un époux pou et Poupoune son épouse. M'approchant avec ma loupe, je vis effectivement le couple assis sur l'ourlet du rideau à l'ombre d'un pli. Poupoune était en larmes. Elle se tordait de douleur. Près d'elle, Poupou, poupu comme un poupon, lui tenait tendrement les pattes dans les siennes. De temps en temps, il jetait un regard chargé d'impatience vers le portail de l'école.
"Poupou, mon pouls bout.
-La ferme: on ouvre", répondit Poupou, les nerfs à bout.
Effectivement, les belles têtes blondes, brunes, rousses, raides, bouclées, frisées, crépues et autres envahirent l'école puis la classe au grand soulagement de la parturiente et de son époux.
Poupoune pondit de joie sur toutes les têtes qui passèrent à sa portée. Jamais ponte de lentes ne fut plus rapide. Enfin, épuisée mais délivrée et heureuse, elle regagna son rideau d'où elle guetta les premières démangeaisons, les premiers grattages. Aux premiers grattouillis, les époux échangèrent un regard plein de tendresse et de fierté: la lignée était sauvée.
Ainsi, une fois encore, les poux, espèce prolifique, ont envahi les écoles. Ce n'est ni mortel ni local pourtant il s'agit bien d'une pandémie. Nous avons, pour la combattre, tout un arsenal d'armes chimiques. Encore faut-il les utiliser sciemment et à bon escient. Sachez que la seule chose plus rapide qu'une lente, ce sont deux lentes. Lorsqu'il y a deux lentes rescapées, seulement deux, et de sexes opposés, tout sera à recommencer.
Ne ressentez-vous pas, en arrivant au terme de cette chronique, une envie folle de vous gratter le cuir chevelu? Ne résistez pas:grattez-vous. Ce sont peut-être deux poux dingues en train de copuler
.

TROUS DE MEMOIRE
Il existe des gens qui possèdent une mémoire extraordinaire, une mémoire à faire pâlir la mule du Pape et à rendre cramoisis de dépit un éléphant. Ces gens-là vous effeuillent un arbre généalogique jusqu'à la cinquième génération avec une aisance stupéfiante.
"Untel est le cousin par alliance d'Unetelle, elle-même née d'un second lit, vu que son père qui était le frère utérin de Tartempion, s'est remarié de la main gauche avec la fille Machin qui avait déjà deux enfants d'un premier lit...Vous me suivez?"
Eh bien, je peux me vanter d'avoir une amie de cet acabit. Elle a élevé l'exercice de mémoire au niveau d'art. C'est un génie.
Je devrais dire "c'était" car, depuis quelque temps, sa mémoire est comme mitée: de minuscules trous apparaissent. Elle qui mettait un nom sous chaque visage, elle qui reconnaissait de dos, rien qu'à la forme des oreilles, une personne qu'elle n'avait plus vu depuis vingt ans, la voila qui laisse des pointillés dans ses légendes et qui ne reconnaît pas forcément une personne vue la veille. Ses amis n'ont rien remarqué d'inquiétant car, généalogiquement parlant, ils ont toujours été largués dès les premiers collatéraux. Mais, pour elle, c'est un drame. Elle a même alerté le corps médical qui lui a prescrit toutes sortes de médications. Des sortes de rustines pour boucher les trous de mémoire.
Son entourage certifie qu'il y a du mieux. Elle est à nouveau apte à remonter l'arbre des rois de France bien au-delà d'Hugues Capet. Quant aux personnes qu'elle croise, elle se souvient de leur prénom mais elle butte encore sur le second ou le troisième une fois sur cinq. Il faut l'admettre, la médecine n'est jamais efficace à 100%. Quand la Faculté reconnaît ses faiblesses, il convient d'envisager un pélerinage à Lourdes.


LE TELEPHONE
Comment Graham Bell, professeur pour sourds-muets, eut il l'idée saugrenue d'inventer le téléphone, cet appareil si peu utilisé par lesdits sourds-muets?
Si je pense à ce bon Bell, c'est en constatant l'énormité du monstre qu'il enfanta. En matière d'apprenti sorcier, on n'a pas fait mieux depuis Goethe.
Laissons de côté l'usage professionnel qui en est fait. Il y est quasiment irremplaçable bien que le Net lui titille le monopole des relations. Parlons plutôt du téléphone familial qui, lui, est un animal des plus bizarres.
Son cri s'appelle sonnerie. Il varie selon les goûts et va de la 9e symphonie au vagissement du bébé phoque. Il le pousse intempestivement à toute heure du jour et de la nuit, pour les motifs les plus divers. Ses moments préférés ne tiennent aucun compte de l'intimité ni de la vie privée. Il a une prédilection affirmée pour les moment du bain ou pour celui consacré à la satisfaction d'un besoin pressantvet naturel. Il aime beaucoup aussi l'heure de la sieste ou du premier sommeil. Que dire des moments d'intimité qu'il vient interrompre de ses appels insistants. Bref, c'est un être qui n'a aucun savoir-vivre.
Ah! Téléphone! Quelle bénédiction pour les scénaristes qui gorgent notre télé de films plus ou moins inspirés. Il est une star incontournable. Il es omniprésent. Fantastique le nombre de dialogues dont il est le fil conducteur. Vous ne verrez jamais un film contemporain sans qu'à un moment ou à un autre il n'apparaisse plein écran et n'usurpe le rôle principal.
Le coup de théâtre est avant tout un coup de téléphone qui intervient inévitablement à un moment crucial. Quelle économie de bobine pour les réalisateurs! Quel soulagement pour les dialoguistes en mal de dialogue!
Ses drings ne sont plus de simples sonneries: ce sont les bruits de sabots de la cavalerie, c'est Zorro, c'est Robin des Bois, c'est d'Artagnan, c'est cette information capitale que le héros est le seul à entendre et qu'il nous cache pour nous faire trembler quelques minutes de plus. Le sadique
!
LES VIEUX
"Bonjour, braves gens, je suis l'ami de Maurice."
Qui n'a encore en mémoire l'entame de ce récit admirable d'Alphonse Daudet? Qui ne se souvient de la joie et de l'émotion de ces deux vieillards à l'écoute des nouvelles du "petit"?
Qui n'a en mémoire l'admirable chanson de Jacques Brel et qui n'entend, dans le silence de ses pensées "le tic-tac du salon qui dit oui qui dit non, qui dit: je vous attends."?
Les vieux, c'est vrai, les vieux c'est plein de tendresse. C'est notre mémoire vivante et, plus que toute autre vertu, c'est notre sagesse.
Cette somme de labeur et de savoir accumulée au cours de la vie, en un mot l'expérience, c'est chez eux qu'il faut la chercher. Les manuels en comparaison c'est de la roupie de sansonnet.
Regardez ces mains calleuses, déformées par le travail avant de l'être par l'arthrose. Imaginez les outils qu'elles ont maniés, les aiguilles qu'elles ont tenues, le linge qu'elles ont lavé, étendu, repassé, rangé dans les armoires, les fruits qu'elles ont cueillis, les murs qu'elles ont bâtis.
Vieillir, hélas, c'est être seul. On parle de la misère des orphelins, des enfants abandonnés. Toute une partie de la littérature populaire était basée sur cette ficelle. Rien de tel pour émouvoir que la misère d'un orphelin.
De nos jours, trop souvent, les vieux sont orphelins d'enfants.


LE SALON DE L'ENCLAVE
Les alchimistes de la lumière profitent de la pénombre des salles du château de Simiane pour offrir à nos regards admiratifs et souvent étonnés les images figées sur la toile de ce qui fut, l'instant d'une création, leur coup de coeur. Figées, les formes harmonieuses; figés, les espaces transparents;figés, les mouvements; figé le vent dans les feuillages, figés, les contours d'une âme; figées la paix et la violence, l'amour et le désir.
Et là, dans les galeries et dans les salles au plancher craquants, dans le silence feutré, dans un recueillement d'église, le miracle s'opère. Dans le face à face avec le toile, l'admirateur et le critique sont vite conquis. L'oeuvre figée les submerge. Les formes évoluent, fluctuent et respirent; les espaces redeviennent fluides; le vent, un instant sublimé, s'époumone à nouveau dans les feuillages. L'âme s'exalte et les sentiments mêmes irradient les regards.
Que soient honorés ceux que l'art a choisi pour maîtres!
Rendre vie et lumière par les jeux de la matière et de la couleur; n'utiliser, pour atteindre ce but, qu'un matériel dérisoire: pinceaux, couteaux, brosses; Tromper le regard et s'en faire un complice. Oh! Oui, l'amour passe par les yeux! Et cet amour, le figer un jour dans la géométrie quadrangulaire d'une toile, arrêter à son contact l'élan fougueux de la création.
Telle est l'oeuvre accomplie. Aucune correction, aucune retouche désormais ne l'atteindra sans la blesser.


LES SUPPORTERS
C'est beau un supporter!
C'est coloré,braillard,spontané, expansif.
C'est chauvin et c'est excessif.
C'est beu un supporter!
Un supporter peut porter cravate et costume mais, dès que sonne la fin de la minute de silence, je cravate est arrachée, la tenue allégée. Il est présent,il est à l'heure. Il ne sera jamais en retard au rendez-vous du sport. Ça, c'est un supporter! Et pour être à l'heure, quel parcours! Raccoucis improbables, virages sur deux roues, feux d'un rouge douteux qu'il a cru vert, bras d'honneur à l'agent! Vroum! droit sur le stade. C'est ça, un supporter!
Les Anglo-saxons se disent sportifs quand ils pratiquent un sport. Les malheureux! Les Français, surtout ceux du sud, ont une autre philosophie. Ils sont sportifs quand ils assistent à une rencontre, quand ils soutiennent leurs poulains autour d'un stade. Ils sont sportifs lorsque, dans leur fauteuil, un verre de whisky à la main, ils regardent un match à la télé. Ils sont sportifs quand ils commencent la lecture des journaux par les pages des sports. Ils sont sportifs, et même de haut niveau, lorsqu'ils commentent les matchs, lorsqu'ils critiquent les sélectionneurs, les entraîneurs, lorsqu'ils exposent leur stratégie infaillible pour vaincre.
Le supporter,c'est tout cela et bien plus encore.
Lui, le supporter, est à Austerlitz. Il est aussi à Waterloo. Il vit avec ses héros l'exaltation de la victoire et les affres de la défaite.
C'est beau, un supporter!
C'est inconditionnel, intolérant et franc.
C'est pur, c'est fort, c'est grand.
C'est beau, un supporter!
Il éclate, il explose en vivats et bravos pour ses petits, pour son équipe. Ses hallalis et ses haros ne sont pas trop académiques mais ce n'est pas l'essentiel puisqu'ils s'adressent aux autres, ces minus, ces zéros qui seront contents du voyage. Allez, les petits, faits-leur leur fête!
Ah! Supporter!Tu sonnes la charge, tu es trompette, tu es héraut. Tu es héros!
C'est beau même au retour, un supporter. C'est fourbu, aphone, éreinté, absent. Ça refait le match en corrigeant les fautes et ça rumine comme un taureau repu les herbes parfumées des instants glorieux.
Le retour victorieux empourpre son visage. La ville, sur le soir, résonne de ses klaxons. C'est la joie, la liesse. Les voila, les vainqueurs, eux, les supporters. Qu'on élève à leur gloire des arcs de triomphe! Qu'on couvre leurs fronts de couronnes de lauriers!
Mais il y a des retours où saignent les blessures de la défaite imméritée, du match volé, de l'arbitre acheté. Dans le silence affreux, on panse les blessures de l'âme et, déjà, on fourbi les armes pour le prochain match qui vengera l'affront, les coups, les gnons.
C'est ça, un supporter!


LES BOUCHE-TROUS
L'épisode neigeux et froid que nous avons connu a laissé des traces. La plupart des voies empruntées par des véhicules sont à la limite du praticable. On passe d'un nid de poule à un autre et, à chaque passage, le nid de poule s'aggrandit. Un gymkana, de l'auto-cross. Je n'ose parler des poids lourds qui accélèrent le processus. C'est simple, bientôt il n'y aura plus que les passages surélevés qui seront roulables. Seules les voies qui disposaient d'un tapis d'enrobé ont résisté.
Une grande partie du réseau est à refaire. Une fortune!
Alors, les employés de la voirie passent et rebouchent dérisoirement avec quelques pelletées d'enrobé à froid. Au trous s'ajoutent alors les bosses. Quarante-huit heures plus tard, la gangrène à gagné le pourtour des trous bouchés et tout est à recommencer. A ce rythme, le nids de poules seront bientôt des gours alimentés par l'eau des pluies. Un alevinage bien pensé pourrait y attirer de nombreux pêcheurs.


LE RAT DEBILE ET LE ROI D'AUCHAN
Samedi, le rat débile
Invita le rat d'Auchan,
Invitation fort civile
A honorer sur le champ.
Sur un tapis de Turquie,
Le couvert se trouva mis.
Un peu de terroir, quelle aubaine,
Loin du stress de la vie urbaine!
Un gueuleton de produits sains,
sans colorants.Bref, un festin.
En entrée: fromage de tête.
Le rat d'Auchan s'extasie.
Puis, le repas tourne à la fête
Lorsqu'arrivent les rougets frits.
Suivent les truffes en omelette,
Les picodons, les tartelettes
Et les fraises à la chantilly.
Le rat d'Auchan en perd la tête.
D'un tel repas il en rêvait
De chaque plat, il veut recette
Pour chacune veut son brevet.
C'est peu dire qu'il est aux anges.
Rat débile, les yeux au ciel,
Juge excessives ces louanges:
"Vous pensez avoir fait bombance.
Hélas! tout est basé sur l'apparence.
Ce repas du terroir n'est qu'une tromperie
Et, s'il n'était gratuit, même une escroquerie.
Croyez-vous que, dès les aurores,
Je suis allé chez le boucher,
Le poissonnier, le charcutier,
Le fromager, le pâtissier?
Non, pas du tout: vous vous trompez.
Je ne suis allé qu'à mon con
Mon congélateur.
Mais oui, je n'ai fait que le con
Le congélateur.
Et pour épater son monde,
Ma rate a mis au micro-ondes
Ces plats hyper-pré-cuisinés
Depuis des mois et des années.
Plus rien n'est frais à la campagne.
C'est plus que frais: c'est congelé
Idem en Provence ou Bretagne.
On prétend que c'est du progrès.
Pourtant, j'ai toujours mon jardin
Que je soigne, que je bichonne.
Il me donne récolte bonne
Un grand cru si c'était du vin.
Un exemple: mes petits pois
Qui vont produire dans le mois.
Sitôt cueillis et écossés,
Et plutôt que de les manger
ronds, luisants, ultra frais,
Ma rate en fera des sachets,
Fermés, datés, étiquetés.
Direction le congélateur.
Une pro. Moi, un amateur.
C'était pareil pour les rougets
Et pour tout ce qu'on a mangé.
Il y a belle et belle lurette
Que mon omelette était prête.
Les truffes, on me les a données,
Ça fera dix ans cette année.
Idem le merveilleux gigot
Idem les fruits et les gâteaux.
Tout était stocké dans le con
Le congélateur.
Dès qu'il y a promo du cochon,
Ma rate excitée fait des bonds.
"C'est bon d'en avoir en réserve
Et c'est bien mieux que des conserves"
Avec de pareils arguments,
C'est du stockage permanent.
Si tous les gars du monde,
Ouvraient dans un même élan
Tous les congélateurs du monde
Exit le réchauffement
De la planète.
Hélas! Ma rate n'est pas prête.


LA MUSIQUE DES CHAMPS.
La campagne avait ses cris, ses chants,ses canons et ses choeurs. Dans mon esprit, il ne s'agit pas des trilles des alouettes ni du "bou-bou-bou" des huppes mais de bien autre chose.
En effet, au fil des saisons, on devinait fort bien et de fort loin que Pierre houspillait Bijou, que Francis se colletait avec Roubine, que Raoul invectivait Bichon et que Louis avait des mots avec Pompon.
Tous ces jurons, toutes ces imprécations, toutes ces malédictions n'étaient que des cris de tradition, pour la forme, car aucun n'en pensait le moindre mot. Tous avaient un amour profond pour leur bête, cheval ou mule, et la brusquerie des paroles n'avait d'autre but que l'encouragement, l'incitation à l'effort partagé.
Et puis, quel exutoire pour les colères véritables, quelle soupape pour tout ce qui n'allait pas dans le quotidien!
Ah! Les bêtes! Parfois rétives, parfois poussives, parfois lasses tout simplement.
C'était les chants de la campagne.
On dit que, quand les tracteurs sont venus, pendant quelque temps encore, on a pu entendre, à travers champs, ces jurons et ces imprécations pour inciter les moteurs à tourner plus vite.
"Hue! Carogne! Hue! marido bestio! Hue! Sartan!..."
Hélas! Il n'y avait plus d'oreilles pour les entendre ou peut-être était-ce simplement une question de langue: Massey Harrys, Ferguson, Mac Cormick, ce n'étaient pas Roubine ni Pompon. Il aurait fallu se mettre à l'anglais. Autant demander la Lune.
Alors, les chants se sont tus: plus de basses, plus de barytons, plus de ténors.
Seule est restée la musique, celle des diésels, des atomiseurs, des broyeurs, concert de pistons et de bielles poour oreilles asseptisées. La musique de notre temps en quelque sort. Du rythme, de zimboumboum, aucune harmonie.
Les paroles sont oubliées et, avec elles, ce qui faisait la poésie des champs.
Il ne reste que des monceaux de souvenirs sous des tas de ferrailles.

SAINT-VALENTIN
On peut accomplir le même jour à la même heure ce qu’il y a de plus agréable et ce qu’il y a de plus désagréable. Par exemple, on peut envoyer des fleurs à une personne très chère et , dans le même élan régler son tiers prévisionnel. Si, si, on peut.
Tenez, moi qui vous parle…
Sur la carte parfumée destinée à être jointe aux fleurs, j’ai écrit quelques mots pleins de tendresse et même plus : des mots à faire rougir Cupidon, des mots à faire perdre la tête Vénus, des mots…Oh ! Quels mots !
Or, sur le chemin de la fleuriste, il y avait la triste boîte à lettres de la perception, entrouverte, avide comme un avale-revenus. Il m’a fallu beaucoup de courage pour glisser dans la fente fatidique l’une des deux enveloppes que je serrais dans ma main. L’acte accompli, j’ai commencé à oublier le percepteur et je n’ai plus pensé qu’à ma dulcinée.
Chez la fleuriste, il y avait énormément de monde, des gens souriants, des gens amoureux. Il n’y a rien qui rende plus subtilement heureux que d’offrir des fleurs. Cette ambiance m’a réchauffé le cœur. J’ai choisi un énorme bouquet de roses rouges, j’ai donné mon enveloppe et l’adresse de la personne chère à mon cœur afin qu’il y soit livré. J’ai complètement oublié le percepteur.
Le lendemain, dans la rue, j’ai croisé mon percepteur. En me voyant, il a eu un drôle de sourire, un sourire troublant. Extrêmement rare chez les percepteurs. Tellement rare que j’en ai fait état à ma dulcinée à l’instant où elle m’ouvrait sa porte. Tellement rare que le fou rire s’est emparé d’elle et ne l’a pas lâchée pendant cinq bonnes minutes.
Entre deux hoquets, elle m’a promené sous le nez l’enveloppe et le bordereau de mon tiers.
« J’aurais préféré des fleurs, sais-tu… »
Bon sang ! Le percepteur ! J’ai couru au bureau pour essayer de rattraper le coup. Mon beau bouquet trônait à la plus belle place. Par bonheur, le percepteur était occupé avec un client qui affichait sa triste mine de contribuable ponctionné. J’ai pu m’éclipser discrètement. Dieu que j’étais gêné !
Depuis, je ne passe plus devant la perception et j’ai opté pour les prélèvements automatiques.


QUAND ON EST GUIGNARD
Qui ne s’est esclaffé devant la scène où un passant ravi d’avoir évité une peau de banane vient, dans le mouvement, s’aplatir contre un réverbère ?
En leur temps, Laurel et Hardy, Charlot, furent les initiateurs de ces gags en cascade et nombreux sont les comédiens ou les clowns à avoir usé par la suite de ce stratagème pour provoquer les rires.
Dupond et Dupont sont des personnages de la même veine. On sait qu’il doit leur arriver quelque chose. Mieux : on rit avant tant on est sûr qu’ils vont droit au pépin.
Ce sont des guignards. Ils semblent prédestinés à la pierre dans les lentilles, au dentier dans la soupe ou à la sauce sur la chemise. Au tiercé, c’est leur cheval qui sera déclassé. Au loto, ils auront tous les numéros…à un près, soit en dessus soit en dessous. S’il tombe un seau de peinture d’un échafaudage, ce sera toujours au moment où ils passent dessous.
Quand on est guignard !
Pourtant, on ne peut les taxer ni de prudence ni d’inconséquence. Bien au contraire : ils prévoient tout.
Un exemple : vendredi soir, des copains font un peu la fête. Ils fêtent qui ? Ils fêtent quoi ? Disons qu’ils fêtent le début du week-end. Ils boivent un peu, disons un peu trop. Au moment de se séparer ils sont tous aptes à faire exploser l’éthylotest. Pas question de prendre le volant. Prudence ! Ils dormiront sur place. Seulement voila : le lendemain est jour de marché ; le stationnement est interdit sur l’emplacement réservé aux forains. Nos prudents fêtards l’ont totalement oublié. Quand ils reviennent à leurs voitures, plus de voitures. Ils les récupèreront à la fourrière et devront s’acquitter d’un PV pour stationnement illicite.
La prudence et la sagesse reviennent cher. La Fontaine s’en arracherait la perruque.
Quand on est guignard !
Ça commence sur les bancs de l’école. « C’est toujours sur moi que ça tombe », entend-on souvent dans la bouche de tel ou tel élève. Comme par hasard ce sont toujours les mêmes. Il faut se rendre à l’évidence : c’est vrai. Il y a des têtes qui attirent les avatars. Ce sont souvent celles qui attirent les poux. Etrange !
Le guignard a tout de même du bon… pour son entourage. En cas de foudre, il jouera le rôle du paratonnerre. En société, ce sera le fusible, la soupape de sécurité.
Jadis, quand le poison était servi à toutes les sauces, les rois en avaient toujours à portée de la main : c’étaient les taste-mets. Leur fonction consistait exclusivement à goûter les plats dans l’assiette même de leur souverain. Ils mangeaient et le roi attendait. Quand le taste-mets ne virait pas au vert, quand il ne tournait pas de l’œil, quand il n’écumait pas, quand il restait bien rose et conscient, alors seulement le roi mangeait… mais froid forcément.
Combien de ces taste-mets périrent au champ d’honneur !
Des guignards, il en faut. N’est-il pas rassurant de savoir que des gens ont encore moins de chance que nous aux jeux de hasard ou ailleurs ?
Croyez-vous que les jeux existeraient encore s’il n’y avait que des chanceux ?
Quoi qu’on en pense, être guignard ce n’est pas facile à vivre. C’est un état qui devrait Etre reconnu d'utilité publique et indemnisé comme tel.


LES EOLIENNES DANS LE VENT
Eole, fils de Poséidon, doit se vanter devant un parterre de dieux, au Panthéon, de n’avoir semé que du vent. S’il avait semé des citrouilles au lieu des brises, des blizzards, imaginez l’échauffourée qu’auraient causée les éoliennes. Heureusement, ce n’est que du vent même s’il souffle parfois en tempête.
Ces éoliennes, descendantes du mythologique dieu grec, font pourtant tout ce qu’elles peuvent pour nous rendre service. A l’heure où la fée électricité a des doutes dans sa baguette, quand elle constate que ses formules cabalistiques ne suffisent plus à nous fournir assez de jus, quand on tremble devant le nucléaire, quand les combustibles sont accusés de porter atteinte à la couche d’ozone, de provoquer l’effet de serre, quand l’eau commence à manquer pour faire tourner les turbines, elles nous tendent leurs immenses bras pour nous offrir leur secours. Elles se transforment en sémaphores sur la crête des collines ventées.
Et là, catastrophe !
Elles qui ne sont gourmandes que de vent, elles qui ne rejettent que du vent, elles qui polluent moins qu’une cigarette, elles qui n’envoient pas de nitrates ni de pesticides ni d’effluents dangereux dans les nappes phréatiques, elles qui n’envoient pas de dioxine ni le moindre gaz toxique dans l’atmosphère, voilà qu’on les accuse de tous les maux !
Même ceux qui vivent sous les lignes à haute tension, près des voies à grande circulation, des lignes ferroviaires, des aérodromes, derrière des immeubles, des usines, des caves, des entrepôts… même ceux-là crient haro sous prétexte qu’on les voit de trop loin et qu’elles font un peu de bruit.
Les Dom Quichotte de notre temps se ruent à l’assaut des nouveaux moulins à vent.
On imagine les grandes palles transformant les vols de grives en salmis, « débecquetant » les bécasses, émondant les bois des cerfs...volants, écornant les brocards …
Les adeptes du zimboumboum parlent de la pollution sonore. Ceux qui s’extasient devant des sculptures avant- gardistes parlent de la pollution visuelle. Quel impact négatif sur l’image de marque du pays ! Négatif ? Pas autant qu’on veut bien le dire.
L’affreuse tour Eiffel n’est-elle pas le monument le plus visité de France ? Pourtant, on a dû dire, à l’époque, qu’elle défigurait Paris. Que n’a-t-on dit du pont de Millau, du Futuroscope, de l’Arche de la Défense… ? Pourquoi ne s’accommoderait-on pas des éoliennes ? Celles qu’on voit tourner sur les hauteurs de Montjoyer on déjà un réel succès et constituent pour les familles un but de promenade.
La positive attitude, chère à qui vous savez, ne serait-elle pas un comportement souhaitable dans cette affaire qui envenime les relations ? Pourquoi ne pas sortir la cuvée des éoliennes après celle de la ferme aux célébrités ? L’appellation « Moulin à Vent » n’est-elle pas celle d’un Beaujolais de grande réputation ?
Pourquoi ne pas prévoir une aire pour les touristes à leur proximité, un lieu privilégié pour contempler le paysage, se documenter sur les énergies propres et faire plus ample connaissance avec les vins du terroir ? Pourquoi ne pas en faire un site prisé plutôt que méprisé ?
On a noyé des villages pour des barrages hydroélectriques. On a déplacé des populations, on a défiguré des vallées au nom de la production électrique. Il y a eu des colères, des pétitions, des larmes, des rancœurs. Quelques décennies après, ces lieux martyrisés attirent les touristes par milliers et offrent des paysages grandioses. C’était quand même autre chose que ces engins blancs qu’on prend de loin pour des moulins d’enfant.
On pourra toujours dire que l’électricité produite par les éoliennes est insignifiante à côté de l’hydraulique, du thermique, du nucléaire. Les slogans ne manquent pas lorsqu’il s’agit de brocarder. C’est exact mais ce n’est qu’un commencement. Après tout, l’électricité ne s’est manifestée, au début, que par une petite étincelle dans une seule lampe.
En tout cas, autour des éoliennes, l’ambiance est déjà électrique.

COPAINS CLOPANTS
Ceci remonte à quelques années. Les réunions amicales ou familiales autour d’une table copieusement et gastronomiquement garnie étaient l’occasion de griller un grand nombre de cigarettes.
Tous les convives ne fumaient pas mais tous profitaient abondamment et à pleins poumons de la fumée des cigarettes. Qu’est-ce qu’il s’en grillait !
Après le départ des uns et des autres, quand les conversations n’étaient plus que des souvenirs et que les hôtes se livraient au doux travail de la remise en ordre et de la vaisselle, les cendriers étaient souvent débordants. Il fallait ouvrir portes et fenêtres afin de chasser ce genre de cirrus qui flottait encore à mi-chemin entre la table et le plafond. Tout ce que vous voulez : la pollution atmosphérique, l’effet de serre, la couche d’ozone…Tout ce qui nous agresse était alors démontré avec évidence. Les vêtements imprégnés, puant le tabac consumé, passaient directement à la machine à laver et la douche aux sels exotiques concluait la soirée en rendant au corps fourbu , non pas une odeur de sainteté, mais une fragrance suavement hygiénique.
Le changement a été radical. Maintenant, on ne prévoit même plus de cendrier.
L’âge de raison ayant atteint les fumeurs d’antan, ceux-ci ont abandonné progressivement leur pratique fumigène et suicidaire.
Pour les uns, les poumons ont crié cèbe, pour les autres, l’absurdité de leur dépendance leur a sauté aux yeux, pour certains autres, mais guère, la dissuasion est venue du tarif. Enfin, il y a eu ceux qui ont fait preuve de volonté, ceux qui ont fait une promesse, ceux qui ont fait un vœu, ceux qui ont fait un pari, ceux qui se sont levés un jour en disant : « C’est fini, j’arrête. ».
Tous ne se sont pas arrêtés, mais tous ont pris conscience qu’ils mettaient aussi les poumons des autres en danger. Maintenant, lorsque l’envie d’en griller une est trop grande, ils vont la fumer dehors. C’est déjà mieux qu’avant. L’air intérieur demeure respirable. Peut-être qu’un jour ces derniers résistants, constatant leur isolement, rendront-ils les armes.
En tout cas, il y a longtemps que les rideaux et les tentures n’ont plus, le lendemain matin, cette odeur de fumée de tabac refroidie si désagréable. On ouvre tout quand même. Alors, pénètrent chez nous tous les effluves des alentours : fumée de papiers que l’on brûle dans un tonneau, fumée d’échappement d’un diesel mal réglé, fumée de grillades, nuage toxique en provenance de la vigne voisine que l’on traite férocement contre une maladie qui ne manquerait pas de se déclarer si on ne traitait pas…
O ! Mes chers poumons ! Qu’il est bon de ne plus sentir la nicotine !

LE MUSQUE DE HAMBOURG
Si vous êtes festivalier, chronique ou occasionnel, vous n’ignorez pas l’inconfort des longues stations assises. C’est la dureté minérale des antiques gradins de pierre qui martyrise les fessiers habitués à la mollesse des mousses de canapés. C’est le plastique glissant des sièges (faut-il dire fauteuils ?) sur lequel glisse le séant avec plus ou moins de rapidité selon que vous avez les pieds posés ou pendant dans le vide. C’est le fourmillement qui gagne les jambes que l’on n’ose pas bouger car elles se trouvent placées de part et d’autre du spectateur de l’étage inférieur. C’est, attisée par la fraîcheur de la nuit, cette obsédante envie de satisfaire un besoin naturel, envie qui se transforme lentement mais sûrement en une douleur lancinante qui irradie dans tout votre corps obstruant même les yeux et les oreilles. C’est le dos qui aimerait bien s’appuyer contre un dossier moelleux et qui reste désespérément campé dans sa rigidité pour ne pas s’abandonner abusivement contre les genoux cagneux du spectateur du dessus. C’est tout cela mais il y a pire encore puisque, ajouté à cette torture, il peut y avoir l’agression atmosphérique ambiante.
Imaginez. Vous avez les fesses en compote, le dos endolori, les jambes engourdies, une envie d’uriner qui vous monte à la gorge . Or, derrière vous, vous avez un groupe de Teutons en goguette venus terminer au frais une chaude journée passée à déguster les richesses du vignoble local et de la cuisine régionale où l’ail prédomine.
Quelques bières pour ne pas oublier le pays et l’on est venu digérer avec un Molière, un Shakespeare, un Goldoni … peu importe puisqu’on ne connaît que la langue de Goethe.
La journée a été chaude, très chaude. Les douches du camping devaient être en panne. Les valises avec les toilettes de rechange ont dû rester du côté de Munich, de Coblence ou de Hambourg.
Le premier constat fourni par les narines dont les nerfs olfactifs très vite s’affolent est terrible :la sueur, même tiède, même froide est absolument fétide si elle est provoquée par une consommation immodérée, de vin, de bière et d’ail. Aïe ! Aïe !Aïe ! L’ail !
Le second constat vient après une analyse plus détaillée de l’air ambiant : Les aisselles ne transpirent pas moins que les pieds mais elles sont un peu plus éloignées et un peu plus à l’air. Le pire, à mon avis, c’est l’entrejambe, car, du fait de la structure en gradins, c’est le plus proche voisin de nos narines.
Bref, une visite des égouts alors qu’on pourrait s’attendre, en période estivale, à une brise de lavande pour sublimer le spectacle qui se déroule sous nos yeux.
Ouf ! Tout le monde se lève et applaudit à n’en plus finir, les comédiens saluent, saluent, saluent. Magique, il n’y a pas d’autres mots. Quel talent !
L’air brassé par des milliers de mains redevient respirable, les vertèbres jouent une peu entre elles pour se débloquer, le fessier, trop longtemps écrasé, reprend une forme humaine.
Le spectacle est fini, la course aux urinoirs commence. Moi, les festivals, j’adore !

A UNE LETTRE PRES
Dès qu’une personne honnête, intègre, serviable, désintéressée disparaît, il n’est pas rare d’entendre au comptoir d’un troquet ou dans les conversations de voisinage cette constatation désabusée et catégorique : « Ce sont toujours les bons qui partent » avec, comme un écho, cette autre sentence toute aussi désabusée et catégorique : « Les c…, eux, ont la vie dure ».
Mon Dieu, ce qu’une lettre peut influer sur le sens d’un mot ! B,C. Deux lettres voisines, des intimes, presque des sœurs.
Bref ! Il paraît donc que ceux que je nommerai désormais les C résistent mieux que les bons.
Pourquoi donc ? La question est posée.
Pollueurs de nos vies, résistent-ils mieux à toutes les pollutions ?
Comme le chiendent, les poux et le miellat des tilleuls, serait-il impossible de s’en débarrasser ?
Personnellement, je crois que la réponse est ailleurs et qu’elle s’en tient strictement à la rigueur mathématique.
Un exemple qui démontrera le bien fondé d’une telle opinion.
Supposez qu’un jour tous les Français disparaissent. 65 millions d’un seul coup.
Supposez que le même jour disparaissent autant de Chinois. 65 millions d’un coup.
Eh bien, il n’y aura plus de Français sur Terre mais il restera encore 1,435 milliards de Chinois sans compter les 22 millions de Taïwanais.
Pour les C, c’est exactement comme pour les Chinois. Il en disparaît autant que des bons mais, comme ils sont infiniment plus nombreux au départ, il en reste forcément beaucoup. D’où l’impression qu’il y en a toujours autant sinon plus. D’ailleurs, chacun de nous est capable d’en citer cinq ou six de mémoire alors qu’il est plus difficile de nommer le même nombre de bons.
Pour la même raison, c’est parce que les bons sont rares au milieu de la multitude des C qu’on remarque bien plus leur disparition.
Comme le disait si justement Georges Brassens dans une de ses chansons posthumes :
« Quand les C sont braves,
Comme vous, comme moi, ça n’est pas très grave ».
Je devine une majorité d’entre vous disposée à partager cet avis. Le contraire ferait de notre vie un enfer.

LES FEUX FOLLETS
Notre langue regorge de petits mots de trois lettres. Certains sont d’un emploi tellement populaire que les qualifier de petits, grands, gros ou sacrés n’ajoute rien au sens très particulier qu’on leur attribue. D’autres, plus rares dans les conversations quotidiennes et communes, sont parfois sujets à controverses pour peu qu’on s’intéresse à leur utilisation.
Récemment, le mot « feu » paru dans le titre : « Feu les guignecèbes » a mis le feu aux poudres chez les puristes de la langue française. Fallait-il ou ne fallait-il pas orthographier feu de cette manière-là ?
Les avis sont partagés. D’aucuns penchent pour un X.
Oh ! les cancres, les ignares, les incultes, les philistins ? Croire que ce feu-là est un feu ordinaire !
D’autres ne voient rien à redire vu que, feus ou vifs, les guignecèbes ne leur font ni chaud ne froid
D’autres ne voient rien à redire tout simplement parce que.
D’autres enfin lèvent le doigt pour dire : « Monsieur, il y a une faute. »
Devant le feu croisé des avis , le grand Littré, le petit Larousse et le petit Robert sont appelés en renfort. . Des pointures. La grande cavalerie.
D’entrée, le Grand Littré conteste l’Académie française : « D’après l’Académie, feu n’a pas de pluriel. Cette opinion n’est pas fondée, fait-il avec une pointe de suffisance, et il est correct de dire les feus guignecèbes ou feus les guignecèbes et d’écrire feus avec un S dans les deux cas. »
Le Petit Larousse, un peu lèche-bottes c’est vrai, ne supporte pas qu’on mette en doute l’omniscience de l’Académie :
« Pas d’accord. On doit écrire : « Feu les guignecèbes » ou « Les feus guignecèbes » en vertu de la règle établie qui le veut invariable lorsqu’il précède l’article et variable lorsqu’il le suit. L’opinion de l’Académie que tu cites date exactement de 1874. Il faudrait un peu t’actualiser, mon grand.
-Parlons-en. Tu dates de 1906. C’est guère mieux. Ce n’est pas parce que tu fais peau neuve chaque année que tu es forcément à la mode. »
Le petit Robert laisse dire avant d’intervenir.
« Moi, je suis un peu de l’avis de vous deux. C’est plus simple d’écrire « feu les guignecèbes » pour les uns et plus simple d’écrire « feus les guignecèbes pour les autres ». Moi, je n’aime pas les disputes. Chacun fait comme il veut.
-Mais alors, c’est la fin de la langue française ! » s’exclament de concert Littré et Larousse unis pour taper sur le petit Robert.
C’est alors qu’intervient un retardataire, un brave petit pourtant, studieux, observateur, imaginatif : le dictionnaire de synonymes.
« Ne croyez-vous pas, n’estimez-vous pas, ne pensez-vous pas que l’auteur, le gazetier, le rédacteur, le journaliste aurait mieux fait d’écrire défunts à la place de feux. ? »
Et Facéties du Français qui se pointe à son tour et qui fait remarquer qu’on ne peut dire « Feu les guignecèbes » que dans le cas où il ne resterait aucun guignecèbe vivant .
Futée, la petite Facéties. Son intervention pertinente arrange tout le monde puisqu’il reste des guignecèbes vivants . Tout le monde sauf le rédacteur de l’article. Cependant, comme lui-même est un guignecèbe vivant, il comprendra très bien qu’il aurait mieux fait de s’en tenir au titre simple : « Les guignecèbes » ou, à la rigueur, s’il tient à son feu, écrire : « Plein feu sur les guignecèbes ».

RÊVES PARTY
Il nous faudrait un théâtre antique, un pont du Gard, un arc de triomphe d’Orange ou les arènes d’Arles. A la rigueur, quelques ruines feraient l’affaire pourvu qu’elles soient romaines. Il nous faudrait un palais des Papes, un château de Versailles, à la rigueur de Chenonceau, une cathédrale de Chartres, à la rigueur d’Amiens ou de Rouen. Il nous faudrait un Mont Saint-Michel, les falaises d’Etretat, la pointe du Raz, une vue sur les neiges éternelles. A la rigueur, une grotte de Lourdes ferait l’affaire. Il nous faudrait un musée du Louvres, un Futuroscope de Poitiers, Vulcania, Disneyland. A la rigueur, un parc safari de Peaugres ferait l’affaire. Il nous faudrait une gare de TGV, une sortie d’autoroute.
Malheureusement, n’ayant rien de tout cela ni aucun espoir d’en avoir dans un avenir immédiat, il faut faire la croix sur les nuées de visiteurs qui s’abattent à longueur d’année, comme des vols de criquets, sur les sites qui font le renom de la France.
L’association archéologique chère à Alain Chambert a beau se démener, pas de vestiges d’arènes, ou de ville romaine. En guise de théâtre antique, nous avons du théâtre en kit montable et démontable à volonté. C’est très bien, ça fonctionne presque toute l’année, mais c’est moins visité que celui d’Orange.
L’association de recherche historique chère à Claude Méance a beau se démener, pas de palais, pas de château, pas de cathédrale… et peu de chance d’en avoir dans un avenir immédiat. En guise de demeures royales, seigneuriales ou papales, on se contente d’un château (très beau) mais à visites limitées pour cause d’administration municipale, de quelques hôtels particuliers (très beaux) mais à visites limitées pour cause de propriétés privées, d’une tour médiévale (sans doute le monument le plus regardé car on le voit de loin et qu’il porte l’horloge). En guise de cathédrale, nous avons une fort belle église Notre-Dame de Nazareth (notre fleuron) à visites quasiment illimitées, des chapelles, une église-théâtre des Cordeliers…C’est très bien, mais les visiteurs ne se bousculent pas au portillon.
Puisque nous n’aurons jamais le pont de Millau, il faut faire avec ce que nous avons. Mettre en valeur un pont submersible, c’est coton. Alors, on appâte le touriste par les fleurs. De ce côté-là, notre cité est à la hauteur. Valréas est un véritable bouquet, une merveille. Si quelqu’un fait une moue dubitative, je le renvoie quelques années en arrière quand des bacs en béton granuleux regorgeaient de mégots, de papiers gras et de canettes vides et que les gens de passage (ou les autochtones) les prenaient souvent pour des crachoirs ou des urinoirs.
On les appâte aussi avec des fêtes grandioses. La Saint-Jean, le Corso de la Lavande Quel succès populaire ! Un public à faire rougir de honte les habitués du stade vélodrome. C’est sporadique, hélas ! Tel est le principe des fêtes.
On les appâte encore avec des salons d’art, des nuits théâtrales, des concerts, des vide-greniers. C’est ce que font la plupart des communes. C’est une manière de montrer qu’elles vivent. Que soient loués tous les bénévoles sans lesquels les engrenages de l’animation seraient grippés depuis longtemps. Mais, là encore, c’est sporadique .
Je ne vois qu’une solution : quelque chose d’unique. Plutôt qu’un musée du cartonnage, un musée à l’échelle de la ville ou les usines libérées de leur raison d’être (c’est en bonne voie), peuplées d’anciens ouvriers devenus guides ou de personnages en carton pâte, rappelleraient aux visiteurs quel était le riche passé industriel de la ville, avant que la Chine, qui lui envoyait jadis ses graines de ver à soie, ne prenne de la graine et n'attire les industries vers soi.
Il y aurait peut-être aussi, la solution de quelque chose qu’on pourrait voir de loin. Pourquoi pas une éolienne, mais alors une grande, la plus grande jamais réalisée. Ça marche à Paris qui possède le plus haut pylône du monde (320 m, 7 millions de visiteurs ).
Il y aurait aussi… on peut toujours rêver, la maison natale d’un personnage c
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