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 LA TOILE DU FAUCHEUX

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Leo REYRE
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Localisation : VALREAS

MessageSujet: LA TOILE DU FAUCHEUX   Jeu 28 Jan - 16:04



PREFACE

Dans un village, tout le monde se connaît. Les autochtones s'aiment, s'estiment, se soutiennent ou, au contraire, se détestent, se jalousent, se haïssent. Jamais ils ne s'ignorent. S'il y a indifférence, celle-ci est mûrement préméditée, forcément feinte. Elle n'est qu'une façade dont les volets mi-clos permettent de mieux observer, de mieux s'informer, de mieux jouir des autres. Ouvertement, ils clameront que les affaires des autres ne les concernent pas. Pour légitimer leur comportement, ils avancent toujours des justifications péremptoires qui tiennent plus de la mythologie familiale que de la sagesse tant ils s'appuient sur des événements antiques, quasiment bibliques, qu'une oralité volubile, apriorique et monoïdéiste, a considérablement outrés et dénaturés au fil des temps.
Les villages sont peut-être les seules structures sociales à échelle humaine. Cependant ils se vident au profit des villes dans lesquelles, fourmis, atomes indifférenciés, les individus ne cherchent même plus à communiquer.
Pour ces raisons-là et sans doute pour bien d'autres qu'une analyse freudienne pourrait probablement définir, mes romans ont souvent un village pour cadre.
Ah! Sur chaque visage, mettre un nom, un prénom, un sobriquet!
Pour chaque personne, avoir en tête sa lignée, sa parenté, sa généalogie!
Etre au fait des petites histoires pour éviter les fourvoiements ou, au contraire, pour induire délibérément des situations embarrassantes!
Avoir la maîtrise d'un jeu de personnages jusqu'à se couler dans leur intimité!
Quelle jubilation!
Et cette ruralité baignant dans sa langue vernaculaire comme dans l'eau baptismale, cette ruralité, dernier alleu d'authenticité rescapé d'un siècle iconoclaste!
Comment rester insensible à cette dévotion sans artifices des paysans pour leur terroir ?
Oui, des paysans et non des exploitants agricoles car les uns vivent du travail de la terre qu'ils font vivre et les autres l'exploitent c'est-à-dire en profitent abusivement. Quelques arpents bien cultivés valent tous les quartiers de noblesse et cette pudeur voisine de la honte que l'on a à s'avouer paysan ne se conçoit que par un long passé de servage et d'humiliation. J'en connais un seul, pas très loin de chez moi, qui revendique haut et fort son identité. Il a écrit en gros caractères sur sa boîte à lettres " Paysan.» De loin, cet humble casier a la rutilance d'un blason.
Valraison, le village de ce roman, a pourtant une particularité : c'est un village "industriel" ce qui le classe déjà parmi les petites villes. Sa population compte moins de paysans que d'ouvriers car un cartonnage et une usine d'amandes y sont implantés depuis longtemps. Cette originalité ne change pas grand-chose à la mentalité des Valraisonnais car tous les employés de l'industrie sont issus des familles indigènes. Ceux qui sont venus d'ailleurs ne sont pas des étrangers mais des parents.
Ce serait un village sans histoire si je n'avais décidé d'en faire le microcosme où évoluent mes personnages.
Ah! Mes personnages! Ils suffoquaient dans mon esprit depuis un certain temps. Il fallait qu'ils en sortent pour prendre l'air.
Comme dans la plupart des histoires depuis Caïn et Abel, le bon et le méchant en décousent. Sans leurs tensions, aucune vibration.
Le lecteur, mon lecteur, pose son regard où mon imagination, avant lui, a placé des mots. J'entends que ce soit un confident, quelqu'un qui suive à mon rythme le chemin où je le promène. Comment pourrait-il en être autrement ? S'il y a des traquenards, des doutes, des mystères, il ne doit pas en être victime. Ce sont des pièges, des incertitudes, des énigmes destinés uniquement à mes personnages. Il est bon qu'il sache très tôt à qui il a affaire car rien n'est plus frustrant qu'une confiance mal placée ou qu'une aversion non fondée.
Quant au titre, "La toile du Faucheux", je dois avouer qu'il est né au forceps.
Le point final était arrondi depuis longtemps et je n'avais qu'un titre de rangement : "R99".
Le titre, c'est le premier regard que s'adressent le lecteur et l'auteur. Je crois profondément à l'importance de ce premier échange car il est, mieux que la parole, le reflet instantané de l'âme.
Le déclic s'est produit alors que j'observais une tégénaire, araignée des maisons, qui finissait de tisser sa toile dans une encoignure.
"Quelle artiste!" me suis-je dit en constatant la finesse du tissage.
"Quelle idiote!" ai-je pensé devant la vanité de son ouvrage qu'un passage de tête-de-loup ne manquerait pas d’anéantir.
"Quelle insensée! Pourquoi prend-elle autant de peine alors qu'il n'y a aucune proie laissant présager un festin ? Et, en admettant qu'il y en ait une, pourquoi irait-elle se prendre dans un coin aussi mal placé ?"
Puis l'araignée s'est installée discrètement dans un coin de sa toile comme un chasseur "à l'espère". Elle a attendu longtemps, très longtemps sans bouger.
Une mouche est entrée par la fenêtre. Une seule, mais c'était celle qu'elle attendait.
Elle s'est prise inéluctablement dans le panneau tendu.
J'ai trouvé de nombreuses similitudes entre cette scène et l'histoire que j'avais imaginée.
J’ai donc décidé dans un premier temps que le titre serait « La toile de la tégénaire ».
Puis, j’ai trouvé que le terme tégénaire pouvait paraître trop entomologique. Je lui ai préféré le mot faucheux qui évoque mieux la ruralité.
Or, le faucheux est une araignée très particulière puisque, à l’inverse des autres, elle ne possède pas de venin et ne fabrique pas de soie. Adieu ma toile !
C’est pourtant « La toile du Faucheux » qui est le titre de ce roman car la toile tendue par mon faucheux est faite d’une soie virtuelle qu’il suffit d’imaginer. Les « arachnophiles » me pardonneront.
Une idée de l’histoire
Fernand Rastel peut se vanter d'avoir tout réussi. Patron d'un cartonnage et d'une usine d'amandes, riche propriétaire terrien, maire de Valraison, sénateur. Il croit à juste titre à sa bonne étoile.
Le seul qui pourrait contester cette notoriété est Charles Chapus qui l'a connu besogneux avant la guerre. Lui sait comment Rastel a gravi les degrés de la renommée.
Rien de très glorieux, rien de très honorable, rien de très propre, rien de très vertueux.
Malheureusement, au moment où il s'apprête à révéler l'odieuse vérité, une congestion cérébrale lui fait perdre l'usage de la parole et des membres.
Désormais libéré de la menace, Rastel va utiliser Chapus à sa guise. Afin d’asseoir sa réputation de brave homme, il va s’afficher souvent dans le village poussant le fauteuil de "son pauvre ami" et devisant avec lui. Ne va-t-il pas en faire son confesseur et, sans pudeur ni retenue, se libérer sur lui des noirceurs de son âme ?
Mais les crimes peuvent-ils rester impunis ?
Le passé va remonter jusqu'à Rastel sous l'apparence d'un jeune rival qui, portant atteinte à son monopole, est venu ouvrir un second cartonnage dans le village.
Quant au "pauvre" Chapus... est-il réellement le légume dont il a l'apparence ?



AINSI COMMENCE LE ROMAN

"Ils" sont arrivés comme des loups vers deux heures du matin. Ils étaient trois : un efflanqué qui faisait l'éclaireur et deux autres. L'un claudiquait un peu comme un laboureur et tenait un seau ; l'autre, plus jeune, pouvait avoir une quinzaine d'années. Un chien clair, peut-être blanc, les accompagnait... Un chien un peu comme celui de Rastel... Un peu. Ils sont allés jusqu'au mur d'enceinte de la propriété de Silber. Là, le plus jeune a trempé son pinceau dans le seau que tenait le boiteux et il a badigeonné quelque chose sur le portail. Ils ricanaient comme des gens qui font un mauvais coup. Le chien semblait s'amuser aussi. En folâtrant, il a bousculé le boiteux. Celui-ci a laissé tomber le seau et la peinture a éclaboussé son pantalon.
La vieille Irma - la Rato-Penado (la Chauve-souris) pour les gens du pays qui savent qu'elle dort le jour et passe la nuit derrière le rideau de sa fenêtre à guetter les fantômes - a même entendu la bordée de jurons, le coup de pied répressif et le hurlement plaintif du chien.
Elle a vu, mais elle ne dira rien à personne même si, des bancroches, il n'y en a pas deux dans le coin, même si des chiens blancs, à part celui de Rastel, elle n'en connaît pas d'autre. Elle ne dira rien parce qu'on ne lui demandera rien vu qu'on la tient ouvertement pour une timbrée, qu'on ne se cache pas pour le lui jeter à la figure et que tous les enfants du village, forts de l'exemple de leurs parents, l'escortent de leurs rires quand ce n'est pas de leurs "gros mots" de petits perroquets chaque fois qu'elle va au lavoir avec sa corbeille de linge sale sur la tête. Par contre, ce que tous ignorent, c'est qu'elle a toujours un cahier à portée de la main pour y noter des observations lapidaires et ses pensées acides. De sa main étique et tavelée, elle n'aura pas manqué d'écrire qu'elle aura vu et parfaitement identifié untel, untel et untel, qui sont venus peindre le portail de Silber, le patron de l'usine d'amandes, vers deux heures du matin, le vendredi 8 septembre 44. Sans autre commentaire, mais elle l'aura certainement noté, tout comme elle a consigné les allées et venues anormales ou suspectes à ses yeux qui se sont succédées à l'ancien "château" depuis que Silber, un étranger, pire : un Alsacien, s'y est établi, voilà maintenant quatre ans, lorsqu'il a repris l'affaire de son beau-père. Et il y en a eu des allées et venues! Surtout la nuit... presque toujours des voitures inconnues. Même des voitures allemandes qui venaient le chercher de temps en temps et qui le retournaient quelques heures après. Parfaitement : Allemandes. Mais ça, elle n'est pas la seule à l'avoir vu.
Un autre qui ne dira rien, c'est son cousin Chapus le maréchal-ferrant qui a été étonné de voir un pantalon, seul et dégoulinant, sur l'étendage de son voisin Rastel lorsqu'il a ouvert son portail, c'est-à-dire juste un peu après l'aube. Il n'y a jamais un pantalon seul sur cet étendage. La lessive, c'est le lundi et encore pas tous les lundis, mais c'est une grande lessive, de la taie d'oreiller à la petite chemisette rose de Madame. C'est le lundi, jamais le vendredi... On ne fait jamais la lessive un vendredi... et surtout, jamais un pantalon seul... surtout à l'aube.
Ça l'a étonné et ça l'a fait sourire en pensant que ce puant, ce bouffi d'orgueil et de prétention, ce "cul doré", a pu s'oublier comme un banal consommateur d'huile frelatée. Car il ne faut pas se leurrer : celui qui consomme de l'huile d'olive en ce moment soit il fait du marché noir soit c'est un type pas très clair avec l'occupant. Et l'huile des restrictions, on sait les auréoles qu'elle laisse au fondement des pantalons. C'est sûr qu'il vaut mieux mucher cette infirmité quand on se vante d'appartenir au gratin du village, qu'on vise la mairie et qu'on rachète à tout va les propriétés et les parcelles de bonne terre que la misère ambiante contraint à céder à vil prix. Il paraît même qu'on le remercie de venir ainsi en aide à ses concitoyens dans le besoin. Est-ce que quelqu'un au village, autre que Chapus qui l'a connu besogneux, se demande d'où provient cette subite fortune ? Il y a du trafic là-dessous, des combines qui sentent plus l'égout que la lavande. Chapus le sait très bien mais il se réserve le droit d'en parler pour le jour où il le jugera indispensable. Pour l'instant, il se contente de le laisser gonfler.
Ca l'a fait sourire ce pantalon dégoulinant, mais il ne dira rien. Il se taira aussi, quoiqu'il s'en défende, à cause de la jeune Madame Rastel qui est fraîche comme une fleur de printemps et pulpeuse comme un fruit d'été... aussi à cause de la petite. Il ne voudrait pas qu'on dise de la ravissante mère qu'elle a été achetée par ce vieux roquentin abandonné par sa première épouse pour un courtier en vins, ni de la petite qu'elle est la fille d'un cago-i-braio c'est-à-dire d'un lâche, même si c'est vrai, même si ce n'est peut-être pas sa fille comme certaines belles âmes le prétendent... même si, pour elle, il vaudrait mieux que ce soit vrai.
Non, il ne dira rien à quiconque pour ces deux raisons-là : l'une politique, l'autre intime.
Il ne dira rien mais, en sortant respirer dans la rue l'air frisquet du matin, il est le premier à avoir vu les inscriptions sur le portail de Silber. Pas bien écrites, mais bien lisibles. A la peinture blanche pour qu'on les voie de loin.
" Collabo... SS... " une croix gammée... puis autre chose comme une tête de Pierrot larmoyant. Sans doute une tête de mort avant la dégoulinade. Pas la peine d'y avoir le nez dessus : en blanc sur un portail vert foncé, avec l'éclairage du soleil levant, c'est presque en relief.
Pourtant, il s'est approché. Moins par curiosité que par routine car il a la manie de satisfaire un besoin tout aussi matinal que naturel dans l'encoignure du portail. C'est sa manière à lui de manifester la prééminence de ses sentiments prolétariens sur la vanité de la bourgeoisie décadente.
Il a pu voir ainsi la magnifique flaque blanche qui s'était vidée par un réseau de canaux et de rivières en suivant les failles dans l'asphalte de la rue. Dans la faille principale, le Rhône avec en bas, à l'endroit où la pente s'essouffle, le delta de la Camargue.
Il ne faut pas être très adroit pour gaspiller ainsi la peinture. Encore moins pour y flanquer les pieds dedans. Si on s'en donne la peine, il ne doit pas être sorcier de dénicher les brodequins qui protégeaient ces pieds-là. Cagneuse, la haridelle : le fer des talons est usé vers l'extérieur. Ceux qui usent les fers de cette façon, c'est qu'ils marchent les pieds en dedans. Et, en matière de fers, on peut lui faire confiance. Il en a ferré des chevaux, des mules, des bourriques, des rosses...
Dans le village, il n'en connaît guère. A vrai dire, il n'en voit qu'un. Il le voit si bien qu'il lui semble même l'entendre avec sa voix de chien de quartier, rocailleuse et heurtée, cette voix de commandement exécrée depuis tant et tant d'années.
Ni la Rato-penado, ni Chapus ne se mêleront aux badauds lorsqu'on aura eu confirmation par la bouche - à - oreille tout autant que par ce dessin balourd, de l'existence d'un collabo dans le village et qu'on viendra se rendre compte de visu avec son baluchon de préjugés, de convictions, d’affabulations.
Ils se tiendront chez eux parce qu'ils n'ont rien à dire.
Ce n'est pas le cas de leurs concitoyens qui, le danger vert-de-gris estompé, peuvent délier leur langue. Maintenant que les murs n'ont plus d'oreilles, ils peuvent dire enfin tout haut ce qu'ils ont accumulé durant les années de peur qu'ils ont vécues.
Ils ont vu souvent Silber partir avec les Allemands qui venaient le chercher en voiture. Il est toujours revenu. Ce n'est pas le cas de Bourret de la quincaillerie, de Charvet le fils de la veuve, des frères Peyronnet et du petit Mialle. Ceux-là, qui sait si on les revoit un jour ?
" Silber n'a jamais été inquiété. Sa femme a toujours eu des souliers à talons hauts et des bas.
Normal : c'est le patron de l'usine d'amandes.
Normal! C'est vous qui le dites. Mais quand on affiche sa fortune au milieu de la misère, c'est de la provocation.
Et leurs petits : ils ont une nourrice Bavaroise.
Pas du tout : c'est une Alsacienne, comme lui.
C'est tout comme. Les Alsaciens, ils sont dans l'armée allemande.
Pas tous. Si vous comptez ceux qui ont déserté et ceux qui n'ont pas attendu qu'on vienne les chercher, il n'a pas dû en rester beaucoup pour la Wehrmacht. Ceux qui y sont, on ne leur a pas demandé leur avis. Ils y sont de force parce qu'ils ont craint pour leurs familles. De force, vous ne l'ignorez pas.
Peut-être, mais ils y sont.
Peut-être, mais il y a aussi des SS Français et, dans la Gestapo, il y a des Français qui n'ont pas du tout l'accent alsacien.
Si vous écoutez tout ce qui se dit."
Les avocats de la défense ont de la peine à se faire entendre. Leurs voix sont fluettes au milieu de ce groupe pris de fièvre. Ce sont celles des ouvrières de l'usine d'amandes qui ont toujours trouvé chez leur patron une oreille assez attentive pour s'intéresser à leurs difficultés et un cœur assez généreux pour leur procurer un complément alimentaire durant le drastique rationnement.
" Les Allemands sont venus souvent le chercher, c'est vrai, mais c'était pour faire l'interprète. Uniquement pour cela.
Et à quoi ça sert un interprète ? Ça assiste aux interrogatoires, aux tortures. Ils sont là pour traduire la cruauté des tortionnaires et les aveux des suppliciés.
Si c'est un interprète, c'est un collabo.
Il ne pouvait pas faire autrement.
Il y a toujours un moyen de faire autrement.
C'est ce qu'on dit quand on n'a pas le couteau sous la gorge.
Tous les collabos doivent disparaître. Tous jusqu'au dernier. "
Qui a prononcé ces paroles haineuses ? On n'a pas cherché à savoir.
Aussitôt, il y a eu beaucoup de monde pour surenchérir. Les ouvrières, décontenancées, ont dû battre en retraite.
Bizarre! Les cris de haine trouvent toujours plus d'échos que les paroles de paix.
Le maire lui-même est totalement débordé. Ses arguments se heurtent à un mur. Faut-il s'engager totalement dans la défense au risque d'y perdre son crédit ? Comment faire comprendre à ces excités que, sans Silber, il n'y a plus d'activité industrielle à Valraison. La fermeture de l'usine, ce sont des familles dans la misère, c'est de l'argent en moins pour la commune! Trente personnes sans travail quand tout le monde a besoin de travailler! Et la suite : des départs puisqu'on ira chercher du travail ailleurs, des enfants en moins dans l'école, peut-être la fermeture. Un village sans école, est-ce encore un village ? Et les commerces ? Même s'ils sont peu nombreux, même s'ils n'offrent pas grand-chose aux clients! Pas grand-chose, c'est vrai, mais on a vu pire et la tendance est plutôt favorable puisqu'on devine enfin le ciel bleu après les nuées d'orage.
Silber en moins, c'est le village qui meurt. Comment le faire comprendre à des gens qui n'ont plus que la rage et la vengeance en tête ?
Et Rastel qui en rajoute. Et Rastel qui met de l'huile sur le feu.
Ah, celui-là! Il la veut la place de maire!
Voilà qu'on l'applaudit lorsqu'il parle de régler cette affaire une fois pour toutes et de façon radicale. Voilà qu'on l'ovationne. S'engager ainsi quand il s'agit de son propre cousin, de sa famille. Il en faut du courage.
Heureusement, la solution vient du ciel sous forme d'un orage subit qui libère les tensions en adoucissant l'atmosphère. Rien de tel qu'une bonne averse pour éteindre l'incendie des esprits. On se disperse précipitamment et la rue, en quelques minutes, est toute à la pluie dont les grosses gouttes bullent dans les flaques.
La Rato-Penado a bien vu Rastel entraîner un groupe de jeunes et d'excités jusqu'au hangar de Philanchier, mais elle ne dira rien parce qu'on ne lui demandera rien. Pourtant, elle a vu le manège et, à un près, un qu'elle n'a pas connu parce qu'il n'est certainement pas du pays, elle a identifié tout le monde. Pas le haut du panier : des primitifs, des rustres, des goujats, des forts - en - gueule, des boit-sans-soif...
La grêle maintenant!
Elle en connaît, la Rato-penado, qui feraient mieux de penser à leur vigne.
La grêle, oui, c'est une vraie catastrophe! Surtout cette année : le vin de la Libération. Un
millésime.


Dernière édition par Leo REYRE le Ven 29 Jan - 19:01, édité 1 fois
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