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 DIALOGUES sous influence

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Leo REYRE
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Localisation : VALREAS

MessageSujet: DIALOGUES sous influence   Ven 10 Mar - 16:45

Le carcan
 
A est assis  devant deux verres vides et une bouteille de 51. Il regarde avec  satisfaction les ongles de ses mains.
B arrive avec, autour du cou, une collerette de protection carcan utilisées par les vétérinaires.
A est sidéré.
A : Tu es devenu fou ?  C’est pour les chiens, cet engin ! C’est pour les empêcher de se mordiller ou de se lécher. J’en avais mis un à mon labrador qui avait l’habitude de se lécher le cul. Mais toi !...
B : Ne m’en parle pas. Tout me gratte depuis que je l’ai mis.
A : Et pour te lécher ?
B : Non. Ça va. C’est rare que je me lèche.
A : Remarque…pour te gratter, tu as tes ongles… Tu n’as pas à mordiller. Ça fait longtemps  que ça te gratte?
B : Dix minutes.
A : C’est long, dix minutes. C’est long devant un verre vide et une bouteille de 51 fermée, alors, avec ce carcan …
B : C’est terrible… mais je me suis engagé et je ne peux pas faire marche-arrière.
A : Engagé ! A ton âge ! Dans quelle arme ?
B : Je me suis engagé auprès de ma femme. Nous avons eu une discussion sérieuse à propos de sa mère.
A : Et c’est pour ça que tu as ce carcan ?
B : Je t’explique : Sous prétexte de passer Noël en famille, la mère de ma femme a pris l’habitude d’arriver aux alentours du 1er décembre et de regagner son appartement le 13 février.
A : Pourquoi le treize ?
B : Parce que le 14, c’est la saint-Valentin. Elle nous laisse tranquilles ce jour-là.
A : Tu sais qu’elle a beaucoup de tact !
B : C’est du tact de passer deux mois et demi à la maison !... plantée devant la télé du matin au soir et à fumer  clopes sur clopes… Les rideaux puent le tabac : c’est atroce.
A : Tu lui as pas dit qu’il ne fallait pas fumer dedans ?
B : Si je vais sur le balcon, je rate mon émission, elle me dit. … et avec ce froid, tu veux qu’elle attrape le mal de la mort, ça c’est ma femme qui l’a dit… Ça serait quand même un moindre mal, ça c’est moi qui l’ai dit.
A : Alors ?...
B : Alors, je me suis assis à la table de discussion avec ma femme et nous avons négocié un arrangement. Je suis content : ma belle-mère ne viendra plus pour Noël, donc plus de deux mois et demi, plus de cigarettes, la télé pour moi.
A : Tu sais que tu es fort  en discussion ! Tu as obtenu ce que tu voulais… sans contrepartie. Tu es fort.
B : Et ce carcan, c’est pas une contrepartie, peut-être !
A : Eclaire-moi.
B : Arrête un peu de te regarder les ongles, s’il-te-plait !
A : Tu as vu le vernis ?...Avec des paillettes…
B : . On va nous prendre pour deux… quand tu vois les copains, garde tes mains dans tes poches… Je t’explique : On discute de l’affaire. Je lui expose fermement mon point de vue. Tu sais que je peux être intransigeant en affaire. Au bout d’un moment, ma femme me dit : d’accord…
A : Bravo !  Chapeau ! Ça devait pas être évident.
B : Elle me dit : d’accord… mais toi tu arrêtes le 51.
A : Malheureux ! Ne me dis pas que tu t’es engagé sur le 51 !
B : C’était ça ou la belle-mère.
A : Il faut que tu l’aimes ta belle-mère, pour sacrifier ton copain !
B : Pour sacrifier mon copain ?
A : Tu ne crois pas que je vais continuer à boire du 51 tout seul ! Comme un alcoolique !...Un carcan, tout de même…C’est fort.
B : Je n’avais que ça. Ma femme me dit : Tu le mets chaque fois que tu risques de te trouver en présence d’une bouteille de 51. Comme ça, je suis sûre que tu ne tricheras pas.
A : Les chiens, ça les empêche pas de boire.
B : Un chien ça lape…Mais moi, comment je fais avec un verre.
A : Tu le passes comme ça, par-dessus.
B : Ça ne passe pas… J’ai le bras trop court.
A : Tu as essayé ?
B : Bien sûr que j’ai essayé !
A : Et avec une paille.
B : Tu m’as déjà vu boire le 51 avec une paille ?
A : Non. Mais quand c’est nécessaire…
B : D’abord, avec une paille, c’est pire. C’est un entonnoir, tu comprends.
A : Et avec un tuyau.
B : Pourquoi pas un pipeline pendant que tu y es ?
A : Pourquoi pas. Tu imagines un pipeline de 51… Tu imagines un pipeline de l’usine à ta bouche…
B : Toi, tu bois trop d’eau en ce moment. Arrête vite ! Tu vois pas que ça te monte à la tête ?
A : Ta femme, elle est où en ce moment ?
B : A son cours de Zumba. Pourquoi ?
A : Qu’est-ce que tu risques de l’enlever ?
B : Ma femme ?
A : Ton entonnoir, idiot !  Montre-moi comment il faut faire ?
B : Il y a une fermeture avec un code secret, là, derrière. Tu la vois ?
A : Ça n’a pas l’air bien compliqué. C’est quoi, le code ?
B : Si je te le dis, ça ne servira plus à rien.
A : Tu as peut-être peur que je te le vole, ton carcan ! Tu as confiance ou non ?
B : Bon. Je te le dis mais tu le gardes pour toi.
A : Tu me vois dire à tout le monde : Eh ! Les gars, j’ai le code du carcan ! Vous le voulez ?
B : Bon. Je te le dis. Approche-toi. 0,1,2,3,4,5,6,7,8.
A : Waou ! Tu sais que tu as fait compliqué ?
B : Tu trouves, toi aussi ?
A : Tu aurais pu ajouter le 9 pendant que tu y étais.
B : Impossible. Il fallait neuf trucs…neuf symboles…et j’avais commencé par le 0.
A : Neuf symboles. Tu sais que les symboles, c’est pas obligatoirement des chiffres. Il y a plein d’autres symboles.
B : Puisque tu as l’air si fort, dis-moi un peu d’autres symboles que j’aurais pu mettre ? Allez, dis-moi.
A : Je sais pas, moi… Le petit escargot, par exemple… arobase… C’est un « a » entortillé sur lui-même, ou hashtag : c’est deux traits horizontaux coupés par deux traits obliques…ou…
B : Et comment je m’en serais souvenu de ton petit escargot ou de ton hash…
A : tag, hashtag. C’est de l’anglais.
B : En plus, c’est pas français ! Tu te rends compte des énormités que tu dis ? Moi, j’ai un code français, parce que je suis Français…0,1,2,3,4,5,6,7,8…Des chiffres français.
A : Non. Des chiffres arabes.
B : Qu’est-ce que tu me dis là ? Arabes ? Tu vas pas prétendre que 0,1,2 et les autres c’est de l’arabe ?
A : N’en parlons plus… Je renonce à  t’expliquer. A l’impossible nul n’est tenu… Alors, tu m’as dit… (il entreprend de composer le code) 0…1…2…3…4…Après, tu m’as dit ?...
B : Déconne pas que j’ai la langue sèche… Et puis, tes ongles vernis, ça m’énerve.
A : 5…6…7… et 8. Voilà… Merde ! Ça marche pas. Tu es sûr de ton code ?
B : Bien sûr que j’en suis sûr !
A : Alors, c’est quelqu’un qui l’a changé.
B : Qui tu veux qui ait fait ça ?
A : Peut-être ta femme… Elle te connaît… Elle sait que pour un 51…
B : Tu crois qu’elle a pu me faire ça ?
A : Qui tu vois d’autre ? Ta belle-mère ?
B : Elle en serait capable.
A : Attends : j’essaie ta date de naissance. Souvent, les codes secrets, c’est des dates de naissance. Tu me dictes.
B : 29 février 1980.
A : Pas de chance pour tes cadeaux d’anniversaire. Naître un 29 février, c’est vache… C’est un truc à détester sa mère. (il compose) Ça manque de symboles. Il m’en faut deux de plus.
B : Mets des zéros.
A : (il compose) Bon, c’est pas ça. La date de ta femme ?...
B : La vraie ou la fausse ?
A : Pourquoi ? Elle a deux dates de naissance !
B : Elle aurait tellement voulu naître un 14 juillet. C’est un symbole, ça aussi.
A : Quelle idée ! Elle se prend pour qui ? Pour la Bastille !  La vraie, s’il-te-plait.
B : 5 juin 1984.
A : Ah ! Quand même ! Je la voyais plus vieille… (il compose) Là, il va me manquer trois symboles… Je mets trois zéros ?
B : Elle fait si vieux que ça, ma femme ?
A : Il y a des jours, oui… (il compose) C’est pas ça non plus. J’essaie la fausse. 14 7 19…84 ?
B : Non. 90.
A : C’est sûr, qu’avec six ans de moins…
B : C’est sûr. Ça fait dix ans de moins que moi… J’ai l’impression de coucher avec une jeune.
A : C’est bien ?
B : J’ai dit : l’impression.
A : (il compose) Ça marche pas. Tu veux pas qu’on essaie ta belle-mère ?
B : Et tu crois peut-être que je sais quand elle est née ? Les antiquités, on les classe par siècles ! Ecoute : tu vas me servir un 51, tu le boiras à ma place et tu me diras tes impressions.
A : Et après,… les autres ? Je vais les boire aussi ?
B : Je sais que je te demande un gros sacrifice mais, dans les conditions actuelles, c’est la seule solution.
A : Demain j’apporterai un narguilé. En l’adaptant, ça doit faire… et le tuyau est sûrement assez long…
B : Mais  il faut pomper !
A : En l’accrochant au parasol comme une perfusion, tu n’as pas à pomper bien fort : Il suffit d’amorcer le siphon… c’est le principe des vases communicants.
B : le réservoir, tu crois qu’il est assez gros ?
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